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Colloque 2017 Master CIEF

par Association ECEF-CIEF

Colloque 2017 Master CIEF - Association ECEF-CIEF

"Situations d'urgence : une opportunité pour repenser la coopération internationale en éducation ?"

Situations d’urgence :

Une opportunité pour repenser la coopération internationale en éducation ?



Catastrophes naturelles, guerres, dérèglements et conflits liés au réchauffement climatique ou à la conjoncture économique, notre décennie semble être marquée par la multiplication et l'aggravation des crises à travers le monde entier. D'après un rapport récent de l'ONU, le nombre de personnes touchées par des crises humanitaires aurait même quasiment doublé en 10 ans.


Ces crises sont de natures très diverses liées à des causes naturelles (transformations de l'environnement liées au réchauffement climatique, catastrophes écologiques), humaines (conflits, crises économiques, épidémies) ou souvent à une combinaison des deux . Elles résultent en une déstabilisation voire en une déconstruction des systèmes institutionnels, sociaux et économiques locaux, mettent des populations entières dans des situations d'extrême précarité et s’accompagnent de fortes souffrances physiques et psychologiques. L’avènement d’une crise grave peut mener à décréter une situation d’urgence, que l’UNICEF définit comme “une situation qui menace la vie et le bien-être d’un grand nombre de personnes et qui nécessite la prise de mesures extraordinaires pour assurer leur survie, leurs soins et leur protection.” La catégorisation d’une crise comme situation d’urgence marque l’aboutissement d’un processus institutionnel de définition à échelle internationale, qui sous-entend des arbitrages : en effet, pour des organisations internationales telles que l’ONU par exemple, reconnaître l’existence d’une crise humanitaire implique un devoir d’engagement et d’aide, et donc une responsabilité morale et économique dans la résolution de cette crise. On entre alors dans une logique de coopération internationale et d’aide humanitaire, ce qui pose des questions de coordination des acteurs et d’organisation efficace et efficiente de l’aide sur un temps très court. Se posent aussi les questions de légitimité des acteurs, des moyens de l’action et de ses conséquences à plus ou moins long terme.


L'urgence en temps de crise est avant tout la survie : il s'agit de répondre aux besoins de base de sécurité, de santé, d'alimentation et de logement des personnes concernées. Quelle place et quel rôle l’éducation peut-elle avoir dans ce contexte? La question des priorités est d’autant plus criante lorsqu’on parle d’aide internationale : pourquoi concentrer des efforts et des moyens financiers à l’éducation alors même que les besoins de base d’une partie des bénéficiaires ne sont pas satisfaits ?


L'éducation est l’un des droits fondamentaux défini par les Nations Unies; il est aussi très largement admis qu’elle est un formidable vecteur de développement individuel et collectif. Si l'éducation permet de réduire les inégalités sociales, la pauvreté et la transmission de maladies graves comme la malaria ou les MST, et si l'éducation des femmes permet de réduire la mortalité infantile , ne doit-elle pas également être un élément essentiel permettant de sortir d'une situation de crise ?


Dans un contexte d’urgence il semble cependant nécessaire de se demander quel type d’éducation on met en place afin de répondre aux besoins spécifiques des populations touchées, ce qui peut mener à repenser les systèmes éducatifs existants et leurs curriculums.


Au coeur de ce problème se trouve l’enjeu majeur de la conciliation entre deux logiques temporelles : stabiliser la situation à court terme, et construire une action structurante sur le long terme. La restauration du processus scolaire est d’ailleurs souvent vu comme un signe de sortie de crise, car il marque le retour de perspectives de temps long, une reprise d’autorité de l’État et de confiance des populations.
Une difficulté supplémentaire se pose, surtout pour les crises dites d'urgence humanitaire (dont la gravité est telle qu'elles nécessitent une aide extérieure), lorsqu'un grand nombre d'acteurs internationaux et locaux se présentent pour apporter des solutions. L'enjeu de la coopération internationale est alors de jongler entre la nécessité de dialoguer (et donc d'avoir un langage et des catégories de pensées communs) et de s'adapter à des situations très particulières (qui nécessitent une grande flexibilité dans ces mêmes normes et catégories). Une complexité qui va main dans la main avec celle que présente la coordination des efforts dans un but d'efficacité et de cohérence, rendue parfois difficile par la diversité des volontés et objectifs de chacun ainsi que par la méfiance qui peut émerger vis-à- vis de l’aide internationale, parfois considérée comme un intervenant extérieur inadapté et installant, en lieu de rétablissement durable, une dépendance et une passivité des populations locales. La façon dont s’inscrit l’action internationale au sein d’un cadre stratégique national (ou non) est donc déterminante afin non seulement d’optimiser l’aide à court terme mais aussi de favoriser une reprise efficace du fonctionnement éducatif à long terme.


L’éducation mise en place par les acteurs de la coopération internationale est-elle adaptée aux situations d’urgence ?
L'Éducation Pour Tous ou les Objectifs Millénaires pour le Développement montrent que l’on établit communément un lien entre l’éducation, le développement économique et le bien-être. Il est toutefois légitime de se demander si l’enseignement des savoirs de base tels qu’ils sont définis aujourd’hui - apprendre à lire, écrire, et compter - permettent réellement de sortir durablement d’une situation de crise et d’entrer dans une logique de développement ? Ces savoirs sont-ils suffisants par exemple pour intégrer le marché du travail (et ce notamment quand le marché du travail est lui-même en crise) ?


Dans une situation de crise, l’urgence oblige à des choix contraints au niveau des enseignants : sureffectifs, manque de formation et manque de moyens se combinent alors pour créer des conditions pédagogiques très difficiles. Dans certaines situations, on privilégie alors l’information, plus informelle et donc semblant d’emblée plus accessible dans un contexte de grand bouleversement (c’est le cas de l'initiative Bibliothèques Sans Frontières par exemple). L’information se substitue-t-elle alors à la formation et avec quel résultat ?


Lors de crises impliquant le déplacement de populations se posent des problèmes supplémentaires : adapte-t-on par exemple les programmes et les langues d’enseignement pour ceux qui arrivent ou bien doivent-ils s’intégrer dans les programmes existants de la société d’accueil ? 


La crise impose un bouleversement psychologique à ceux qui la subissent en ce sens qu’ils subissent avant tout une crise de sens : perte du territoire, déplacement, destruction, manques... Les ruptures induites par la crise ont pour conséquences des perturbations psychologiques qui pourraient donner lieu à une redéfinition des compétences requises pour les éducateurs. Comment prévenir la violence qui persiste souvent après les événements de crise ? Fait-on appel à des psychologues, des enseignants formés en psychologie, à des enseignants de métier ou au premier volontaire disponible ? Quel est le rôle principal des éducateurs et comment redéfinir ce rôle selon les contextes ? Comment mettre en place des méthodes et des outils adaptés à la situation ? La réflexion est aussi à porter sur ce qu’on a besoin d’apprendre pendant et après une crise. Est-ce que les savoirs de base -lire, écrire, compter- sont vraiment les savoirs dont une population qui traverse une crise a besoin en priorité ? Comment pourrait-on les adapter, peut-être en y incluant d’autres types de savoirs, pour qu’ils répondent mieux aux besoins des apprenants ? On pourrait par exemple décider d’enseigner aussi la santé, les premiers secours, la nutrition, l’agriculture, le vivre-ensemble ou encore l’histoire et les raisons de la crise traversée. Lorsqu’il est question d’enseigner ces savoirs “autres”, il s’agit aussi de savoir qui est légitime pour décider de ce qu’on enseigne et comment choisir qui sera chargé d’enseigner quoi. C’est peut-être le moment où des formes locales, des formes d'éducation organique, peuvent avoir suffisamment de force pour s'installer et répondre aux besoins réels de la populations.


Comment et à quelles conditions la coopération internationale en éducation peut-elle répondre efficacement à une situation de crise ?
En cas de crise grave, la communauté internationale apporte son aide ; or cette aide prend des formes diverses que ce soit sous forme de fonds, de denrées, ou d’expertise technique. Plusieurs problèmes se posent alors, le premier étant celui de la coordination des efforts : comment permettre à la multiplicité des acteurs de travailler ensemble, de définir des priorités communes et une répartition efficace des tâches et des moyens ? L’approche dite par “cluster”, qui se fonde sur une idée du “leadership”, est une tentative de réponse à cette question en ce qu’elle suppose une gouvernance mondiale, dans le but de rendre la coopération internationale plus efficace et plus efficiente.


Le risque est cependant qu’il y ait un conflit de perspectives, que l’aide soit orientée en fonction de la perspective des donateurs sans nécessairement prendre en compte celle des bénéficiaires. Recevoir de l’aide signifie-t-il alors que l’on abandonne une partie de sa souveraineté, et si oui comment peut-on repenser l'aide internationale pour minimiser cette perte de souveraineté ? Dans quelle proportion les États des populations aidées (et ces populations elles-mêmes) doivent-ils se plier aux attentes et/ou au point de vue des bailleurs ? Se fonde-t- on sur les savoirs locaux ou bien l’expertise internationale est-elle seule garante d’une meilleure qualité et d’une meilleure efficacité ? Peut-on même aller jusqu’à dire que la coopération internationale en éducation peut, en contexte de crise, devenir le terrain d’une compétition entre certains acteurs pour une domination politique, culturelle et économique sur la scène internationale ? 


Enfin, pour pouvoir fonctionner, l’aide internationale doit se fonder sur un ensemble d’outils permettant un langage commun, et notamment se mesurer au moyen d’indicateurs. Ceux-ci ont alors un rôle crucial dans la définition même d’une crise, puis dans sa compréhension et dans les moyens mis en oeuvre pour sa résolution. Il serait donc intéressant d’étudier en eux- mêmes ces outils de travail : qui établit ces indicateurs et comment sont-ils pensés ? Que sous-tendent ces indicateurs en termes de façon de percevoir la réalité qu’ils mesurent ? Quel type de données et d’indicateurs doit-on collecter, comment les analyser et dans quelle mesure est-il possible d’établir des données fiables et stables dans un contexte totalement instable ?


Le thème de l’éducation en situation d’urgence n’est pas nouveau, et a déjà été depuis les années 1990 le point de concentration d’un certain nombre d’opérations ciblées sur le terrain, de la création d’institutions telles que l’INEE et de publications diverses4. Ce colloque organisé par la promotion 2017 du master en Coopération Internationale en Éducation et Formation de l’Université Paris Descartes aura donc pour objectif de s’interroger sur les bilans des actions menées dans ce domaine, sur les problèmes spécifiques qu’il pose et sur les solutions proposées et adoptées par différents acteurs de la coopération internationale en éducation.


En tant qu’étudiants formés dans le dialogue entre recherche et expertise, il nous apparaît particulièrement intéressant d’offrir à ces deux univers un espace d’échange afin d’approcher ce phénomène multiple et complexe avec une meilleure compréhension d’ensemble nourrie d’expériences concrètes. 

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Irina
19/01/2017
Bravo pour la nouvelle promo! Sujet très pertinant dans le context actuel.
Anonyme
08/01/2017
Anonyme
28/12/2016
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