Leçon d'amour et d'échafaud

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Leçon d'amour et d'échafaud - Association LAZA

Notre campagne pour la création du spectacle réunissant un danseur comédien et un musicien autour du personnage de Marie-Antoinette.

Présentation du projet

La reine avant la mort – leçon d’amour et d’échafaud

Perrine Lorne

NOTE D’INTENTION

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A quoi ressemble une nuit lorsqu’il s’agit de la dernière ? Comment vit-on enfermé dans l’entresol d’une prison, attaqué par les puces et les rats ?  Comment vit-on sans parler à personne ? Qu’est-ce qu’être une femme au XVIIIe siècle ? Comment chemine-t-on vers la guillotine ? Comment fait-on ces quelques pas qui mènent à l’échafaud ? Est-ce que l’on compte les marches de l’escalier de l’estrade ? Attendant encore que se produise un miracle ? Et, même dans le cas où l’on est très croyant, est-ce qu’on n’en veut pas quand même un peu à Dieu, à ce moment là ?

Aborder le personnage de Marie-Antoinette, c’est aborder tous les registres. Il y a de la folie chez ce personnage. Il y a de la folie et de l’exigence. Du mensonge, de l’innocence. De la droiture, de la force, de la légèreté. De la frivolité. Jusqu’à la puérilité. Beaucoup de bêtise. Puis tout finit en tragédie. Marie-Antoinette est aussi une héroïne tragique. Tout ce trajet de vie, la multiplicité des facettes de cette femme m’ont fascinée.

GENÈSE DU PROJET : UN TEXTE NÉ DE LA DANSE

C’est le danseur et chorégraphe Jean-Jacques Sanchez qui a provoqué ma rencontre avec le personnage de Marie-Antoinette dont j’avais une connaissance très lointaine et parcellaire. Le texte que j’écris s’inspire avant tout de l’expérience du trajet qui l’a fait naître, c’est d’abord par l’expérience et l’évocation du corps dansant du chorégraphe que le travail sur Marie-Antoinette s’est engagé : Jean-Jacques Sanchez emménage à Versailles, il me parle de sa façon d’être imprégné par les lieux, il me parle de son intention de travailler sur Marie-Antoinette. Il me parle de ses lectures, de ses recherches. Évoquant le nom de comédiennes qui pourraient interpréter le rôle.

Plus tard, il revient. Me demande de me documenter sur ce personnage de reine. Puis me parle de la façon dont le personnage se met à s’imposer, à s’incarner. A l’intriguer. A l’imprégner. Il me parle de tissus, de matières, il parle d’une reine qui est le mouvement et le toucher. Bientôt il parle d’une femme qu’il sent venir danser en lui. Il se met à se promener dans les rues de la ville, il visite Versailles, ses avenues, imagine des vies se déployer derrière les façades des architectures du château et des bâtiments historiques de la bibliothèque centrale. Un jour, il a oublié le nom des comédiennes, il sent un rôle, une danse, quelque chose monte, à force de recherches et de lectures, à force de quêtes et de mouvements, il bouge dans une autre peau que la sienne : Marie-Antoinette, c’est lui. Et moi j’aime écrire pour des hommes qui veulent être des femmes ; ça les rend tout de suite beaucoup plus intéressants.

Le point de départ est donc celui-ci : un danseur âgé de 54 ans sent danser en lui le fantôme d’une reine morte il y a près de 250 ans. Et c’est avec cette image du corps dansant d’un homme que je pars à la rencontre de cette reine guillotinée.

UN TEXTE COMME UNE ENQUÊTE

À travers biographies historiques, correspondances, documents d’archives, je pars à la recherche d’une femme dont je retiens particulièrement ceci : Marie-Antoinette a été une proie, une adolescente jaugée, évaluée, estimée, vendue à la France pour son physique. La poupée charnelle du XVIIIe. Elle débarque à quatorze ans, en France, où elle est immédiatement dénudée, dépouillée, humiliée. Dans les mois, dans les années qui suivent son arrivée à Versailles, on attend d’elle un héritier qui ne vient pas, son mari ne parvenant pas à lui faire l’amour. De toutes parts, elle est observée, scrutée, épiée, moquée. Sa correspondance témoigne de l’impossibilité dans laquelle elle se trouve de se confier à qui que ce soit. Vivant dans un pays où la médisance, la diffamation, la calomnie, la méchanceté représentent le plus haut raffinement de l’art de vivre.

Au milieu de cette énorme masse versaillaise grouillante et vipérine, elle est la plus sotte des femmes. Marie-Antoinette a certainement été la plus idiote des reines de France. Elle en a eu l’audace. Assumant d’être la plus frivoles des écervelées, la plus secrète, la plus scandaleuse, la plus jouisseuse : il apparaît bien qu’elle a été la plus française de toutes les reines de France. Tout – dans son comportement – rend finalement hommage à cette spécificité si française qui émerge au XVIIIe siècle d’être entièrement soi-même et tout à fait une autre. Naissant peu à peu à l’art du langage, et à celui parallèlement de la dissimulation, Marie-Antoinette apprend en expert à manier la parole comme outil du dévoilement autant que du travestissement de soi. Elle apprend à se protéger, prenant des figures comme on en trouve chez Marivaux, essayant des êtres, essayant des identités riant de leur propre rire, de leur propre masque pour, comme on peut, essayer de sauver la face, essayer de sauver sa peau.

LA GOURDE ROYALE, LA REINE TRAGIQUE

J’ai rencontré cette femme, elle m’a touchée, elle m’a émue. Ce qui m’a le plus touchée : elle a beau essayer, elle a beau faire des efforts, essayant de se comporter comme il faut, essayant de dire même les paroles qu’on lui enjoint de prononcer, rien ne fonctionne jamais. Tout, dans sa nature profonde, rejette ce qu’on attend d’elle. Tout, en elle, rejette ce qui aurait pu faire d’elle une reine.

Et ce grand coup du sort : elle a passé les années de son règne à fuir les carcans protocolaires de la royauté ; elle se retrouve, devant l’asthénie de son mari sombré dans la dépression et l’apathie, à devoir rétablir la monarchie. Si beaucoup de films et de livres rendent compte de son audace et de sa liberté vis-à-vis des bienséances de cour, peu témoignent en revanche de la position qu’elle prend suite à la Révolution : une place d’homme et de stratège pour rétablir son mari au pouvoir.

Et c’est finalement ce qui est censé la faire déchoir irrémédiablement, en la défaisant de sa stature royale, de son statut de reine, qui – précisément – fait d’elle une reine. En mourant, Marie-Antoinette devient reine. Devenant même la plus célèbre de toutes les reines de France. Il y a ici une énigme, un coup du sort, un revirement historique si mystérieux qu’il en devient un nœud puissamment dramatique – puissamment théâtral.

J’ai écrit ce texte comme une succession de questionnements. Comme une enquête. Qu’est-ce qu’on peut bien se dire, la nuit de sa mort, après une vie qu’on aurait cru si prometteuse et qui a été si pourrie ? Elle n’est pas devenue folle. Comment a-t-elle fait pour ne pas le devenir ?

Et que se passe-t-il ? Que se passe-t-il dans cette existence qui passe du plus haut rang au plus bas degré ? Dans cette tête qui attire à elle l’Europe entière, avant de tomber sous la lame de la guillotine, que se passe-t-il ? J’ai besoin de refaire le trajet de cette femme, de dire, de donner des mots et des gestes à cette femme. Que pense-t-on de l’être humain, des êtres humains, que pense-t-on de l’humanité encore, quand on vous arrache vos enfants ? Quand on vous prend le médaillon qui renferme une mèche de leurs cheveux ?

Car il est aussi question, ici, de féminité et de maternité. Dans le cas de la vie de Marie-Antoinette, féminité et maternité sont deux aspects fondamentaux du parcours de son existence. Ils sont deux éléments essentiels qui ont puissamment investis l’écriture de ce texte.

 LE CORPS : LE LIEU D’UNE FEMME, LE LIEU DES FEMMES

Je n’ai rien inventé. J’ai repris des faits, des paroles, j’ai repris jusqu’aux mots, aux insultes, aux sévices physiques et moraux qu’on a infligés à cette femme. Les faits, les paroles, les sévices constituent en eux-mêmes une matière dramatique. Il n’y a pas beaucoup à écrire ou à inventer pour faire apparaître l’horreur de ce destin de femme. Il n’y a pas beaucoup à écrire ou à inventer pour faire apparaître que ce qu’a vécu Marie-Antoinette, elle l’a vécu parce qu’elle était une femme. Ce que l’on a fait subir à Marie-Antoinette, on le lui a fait subir parce qu’elle était une femme. Et une mère.

Aborder la vie de Marie-Antoinette, c’est devenir peu à peu, et comme malgré soi, féministe.

D’autant que : j’écris ce texte, je lis des biographies sur Marie-Antoinette, je lis sa correspondance, j’effectue tout un tas de recherches documentaires sur le personnage de cette reine et son entourage proche, dans un contexte très particulier. En effet : au moment où j’effectue ces recherches, ce travail se fait dans un contexte sociétal singulier : j’écris au moment où le mouvement MeToo a pris une ampleur considérable depuis un an, j’écris au moment où une jeune femme – une jeune femme enceinte de vingt-et-un ans – vient de mourir sous les coups de son conjoint. Moi, auteur, je lis des horreurs infligées à une femme il y a plus de deux siècles. Au moment où il y a une jeune femme, où il y a des femmes, de tous âges, qui meurent. Et c’est de la colère, beaucoup de colère qui monte.

Les recherches que j’effectue pour nourrir ce travail d’écriture rejoignent un faisceau de questionnements, d’analyses à la fois très intimes, très personnelles, et de constats opérés depuis longtemps :

Une femme, ça n’existe pas en France.

Une femme, ça n’a pas le droit d’exister en France.

Ça n’existe ni politiquement ni simplement humainement.

Quand de nombreux pays – et pas toujours des plus riches ou des plus occidentaux – ont a leur tête des femmes politiques puissantes et reconnues, quelle grande femme politique française connaît-on en France ? Aucune. (On ne manquera pas de m’opposer Simone Weil. Elle ne s’est jamais consacrée qu’à des questions touchant aux femmes).

Aucune femme politique ne s’est jamais emparée du pouvoir en France.

Ni hier ni aujourd’hui.

Aujourd’hui encore moins qu’hier.

Alors qu’est-ce que c’est donc que ce pays ? Je me le demande depuis longtemps. Qu’est-ce que c’est donc que ce pays qui, à partir de ses horreurs révolutionnaires, a su se recréer toute une mythologie nationale pour s’ériger en référence – parangon d’un modèle social et progressiste ?

Quant au XVIIIesiècle, qu’on célèbre en France et en Europe, comme le siècle de la naissance de la conscience individuelle, comme le siècle de la naissance de l’individu occidental, s’il est le siècle de la naissance de l’homme, en tant qu’individu, il n’est assurément pas celui de la naissance de la femme. Il est celui de sa disgrâce. Il est celui de son enfermement, de son emprisonnement, de sa claustration dans des schémas mentaux essentiellement jouisseurs virilistes et masculins. Qu’on regarde : les femmes inspiraient de grandes passions au siècle précédent, les tragédies classiques en portent l’élan lyrique. Aux grandes passions qu’elles inspiraient, aux grands élans intellectuels et sentimentaux qu’elles suscitaient, le XVIIIesiècle leur substitue une toute autre conception : la femme devient essentiellement objet. De désir, de conquête, de jouissance, d’orgueil. Le XVIIIesiècle est un siècle qui fait tomber les femmes dans leur corps, qui les réduit à leur enveloppe. Peut-être que jamais un siècle n’a autant détesté les femmes. Jamais un siècle ne les a autant méprisées. Et tout cela, j’ai envie de le faire dire par celle qu’on a le plus calomniée, le plus maltraitée.

CORPS DANSE PAROLE SILENCE – LE CORPS : QU’IL PRENNE FEU !

Marie-Antoinette adorait la danse, elle adorait le théâtre.

Marie-Antoinette s’est étourdie d’argent, de luxe, de danse, de drogue, d’alcool pour masquer sa détresse profonde et sa nature inadaptée. Cette fille, c’était un tempérament brut, une nature insoumise et indomptée. Cette fille, c’était aussi une brûlure et du feu.

Ecrire à partir de la vie, de la personne de Marie-Antoinette m’amène donc à plonger plus profondément que jamais dans les thèmes que je viens d’évoquer et qui figurent bon nombre d’obsessions qui hantent mon écriture. Cette femme est un théâtre à elle seule, un théâtre total. Tout chez elle dit, en secret, la rage, la rage d’être une femme maltraitée. Un corps malmené. Une parole bafouée.

Et le corps de Jean-Jacques Sanchez, je le vois puissamment incarner cet être historique qui, tout au long de sa vie, se piétine elle-même. Puis se dépasse.

Il est temps que les hommes portent des robes. Je réponds à une commande d’écriture qui va faire parler une femme dans la bouche d’un homme. Et alors on va voir. Si le type qui parle dans la bouche d’une morte sait faire la bouche, la femme, la morte. Parce qu’ils ont tous la prétention aujourd’hui de parler pour elles, de parler, de porter leurs voix, leurs combats. Un défi : le corps de Jean-Jacques Sanchez, qu’il flambe. Qu’il prenne feu. Qu’il devienne n’importe quoi du moment que l’authenticité de la rage est là. Le corps assez solide pour se jeter contre les murs. Le corps assez solide pour incarner la modernité d’une femme qui s’est rebellée, qui s’est révoltée avant la Révolution. Une femme qui était une révolution qu’elle ne savait pas qu’elle incarnait.


A quoi servira l'argent collecté ?

L'argent collecté servira à générer des salaires pour les répétitions et subvenir à la fabrication scénographique du spectacle ( costume, décors)

Notre équipe

Texte :  Perrine Lorne. Le texte complet Une reine avant la mort – Leçon d’amour et d’échafaudsera livré en janvier 2020 -

Interprétation et chorégraphie: Jean-Jacques Sanchez

Composition et musique live: Christophe Rodomisto

Mise en lecture, aide à la mise en scène: Sophie Mayer,

Regard extérieur – appui mise en scène: nous ferons appel à un regard extérieur en cours de création. 

Scénographie (costume, décors): Pierre Garcia

Photos et vidéos : Jean-Marc Gourdon

Donner 20 euros

Invitation à une représentation du spectacle

Donner 50 euros

Invitation à une représentation du spectacle

Donner 100 euros

Invitation à une représentation du spectacle

Donner 200 euros

Invitation à une représentation du spectacle

Donner 1000 euros

Invitation à une représentation du spectacle

Donner 500 euros

Invitation à une représentation du spectacle

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Brigitte Steiner
07/12/2019
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jacqueline reurer
07/12/2019
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cecile orsoni - 100,00 €
06/12/2019
Un tres beau projet qui mérite d'être soutenu !
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