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La couverture du livre



Présentation du projet

A l'origine, il y a tout d'abord un blog, " De l'autre côté du Charco ", crée en 2014.

L'idée était de documenter l'Abya Yala, nom que les peuples indigènes donnent à l'Amérique du nord au sud. Emprunter les chemins de traverse, à la recherche des traditions des peuples originaires, de leurs fêtes et de leurs luttes contre un système capitaliste qui dévore tout sur son passage.

Nos voyages nous ont mené de la Colombie, au Panama, au Costa Rica, au Nicaragua, au Honduras, au Salvador, au Guatemala. 

Au Mexique, nous avons tourné en rond. Par choix. Indifférents à la ligne droite. Nous sommes partis. Nous sommes revenus. Et à chaque fois, cette étrange sensation de creuser un sillon de plus en plus familier. Comme si le passé et le présent s’emmêlaient, fruit d'une continuité involontaire. 
De 2011 à 2020, nous avons approché ce Mexique profond qui, 500 ans après, résiste encore au modèle imposé par la colonisation. Nous y avons partagé des tranches de vies, des éclats de révoltes, des espaces d'humanité et de douleurs avec les femmes mexicaines, nous y avons fait nos premiers pas en terre zapatiste.
Ce récit de voyages se déroule entre Ciudad de México, le Guerrero, Oaxaca, l'isthme de Tehuantepec et le Chiapas.

Aujourd'hui, nous voulons que ce travail virtuel devienne un objet physique, un beau livre pour garder une trace tangible de nos errances volontaires mexicaines. Un ouvrage où s'entremêlent des photographies et des textes pour donner le ressenti d'un Mexique en résistance.

La préface de Georges Lapierre nous ramène à notre première fois au Mexique. Celle où il nous a accueilli, où il nous a aiguillé sur les chemins de la communalité, du Congrès National Indigène et du territoire zapatiste.

Pour donner quelques repères à nos récits, Etienne Savoye a dessiné, avec tout son art, la carte de notre géographie mexicaine.

Cécile Kiefer a agencé avec talent les mots, les photographies et tout le graphisme des feuilles de papier qui constituent ce livre.

Laurent Perez, échappé lui aussi de la rédaction du journal CQFD, a assuré avec brio la correction des écrits.



A quoi servira l'argent collecté ? 


Ce livre est auto-édité par l'association Contre-faits. Cette collecte financera l'ensemble des postes nécessaires à la fabrication du livre : corrections, cartographie, design graphique, impression, expédition.


Agenda


A l'issue de cette collecte, l'ouvrage partira à l'impression sur les presses offset de Leitzaran Grafikak, au Pays Basque.

Le livres seront prêts à la livraison pour fin février 2022. Nous assurerons des points de livraison à Bayonne, Toulouse et Marseille.


Caractéristiques techniques


Format : 16,5x24cm

304 pages : 30 textes / 138 photographies, couverture cartonnée

Papier couché mat 135g


Notre équipe


Patxi Beltzaiz : photographe - agence Hans Lucas

Véro Traba :écrivaine voyageuse

Georges Lapierre :Préface

Cécile Kiefer : Maquettiste

Etienne Savoye : Cartographie

Laurent Perez : Corrections


Quelques extraits du livre


La danse aztèque va bientôt commencer. Pour honorer Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil. Pour chorégraphier les mouvements du cosmos. Face à face, cinq tambours, suivis d’une dizaine de danseurs grimés. Ils arborent de magnifiques plumes colorées au sommet du front. Près du maître de cérémonie, un cercle se forme. Un danseur s'ébroue. Une conque jaillit d’on ne sait où pour réveiller les âmes défuntes. L’ambiance se fait guerrière. Deux femmes hurlent au soleil. La fumée du copal enveloppe leurs âmes bondissantes. Puis, sans crier gare, les tambours s’apaisent. Les danseurs se prosternent. Les musiciens tombent les masques. Au sol, une plume abandonnée, signe manifeste de la visite des dieux. Les passants jettent quelques pièces, dupés par ce qu’ils prennent pour du folklore. Pour les danseurs, c’est de tout autre chose qu’il s’agit. Dans leurs costumes de lumière, ils ne sont plus des mendiants mais des messagers divins. Le touriste peut bien penser ce qu’il veut !




Les rues du Mexique résonnent encore des quarante-trois prénoms des étudiants disparus, à jamais inscrits dans l’inconscient de tout un peuple. Chaque 26 du mois, les parents manifestent. Qu’il pleuve, qu’il vente. Parfois sous un soleil insolent. Imperturbables, les pères battent le pavé, la rage au fond des yeux. Les mères sèchent leurs larmes, le portrait de leurs enfants au plus près du cœur. Leur présence, entêtante comme un cauchemar, à l’assaut des coupables et de cet État complice qui leur refuse la vérité. À chaque rassemblement, soutiens indéfectibles, de jeunes Mexicains scandent leur rage. Ils ont le même âge que les disparus. Bouleversant effet miroir et lien tangible entre deux mondes, celui, figé, de l’absence, et le monde futur de jeunes adultes révoltés, le regard illuminé par une farouche volonté de vivre. Quelques-uns ont malgré tout le regard fuyant, peut-être effrayés d’être le prochain sur la liste.




Mare veut dénoncer le silence complice des hommes. Démontrer que l’oppression, les différentes formes de violences ne sont pas innées mais structurelles, liées à un système patriarcal millénaire. Sa musique est un combat. Pour redonner de la voix et de l’humanité à toutes les invisibles du monde. L’artiste se refuse à être un modèle, même si elle sait que ses paroles ont une portée pour celles qui l’écoutent. Pour Mare, l’émancipation est la clé de voûte du féminisme. C’est pour cela qu’elle a créé des ateliers de rap, notamment à destination des filles. Dans ces ateliers, Mare enseigne à utiliser la voix comme outil d’autodéfense, à exprimer ses maux pour ne plus les subir. L’enjeu n’est pas seulement d’acquérir une technique vocale mais de faire prendre conscience aux participantes de ce qu’implique leur voix, de les amener à s’interroger sur le système qui les entoure. À se positionner comme femmes conscientes des dangers d’un monde dominé par les hommes. Portée par ses croyances, Mare hurle sa colère. Ses mots sont comme autant de bombes à retardement, une déflagration à longue portée. Un dernier sourire et Mare disparaît dans la foule.




De retour au village, Miguel me lance, malicieux : « Vamos a huehuentonear ! » Devant mon air ahuri, il éclate de rire. Première étape, la maison voisine. Trois musiciens jouent devant l’autel : un violon, un tambour et une guitare sèche. Peu de monde encore. Un homme, la tête appuyée contre le mur, fixe le portrait de sa mère du regard absent de ceux qui se souviennent. Soudain un rire, le cri des huehuentones. La pièce se remplit de mouvements. Des masques de monstres, de loups, Frankenstein, des squelettes envahissent l’espace. Quelques masques de bois émergent parmi ceux en plastique. La famille propose du café et du pain à tous ces revenants d’entre la terre. Une petite bouteille d’aguardiente passe de main en main. Puis les huehuentonessortent pour boire et manger. Seule règle de cette fête : il est interdit de montrer son visage à l’autel.



Novembre 2017. Emigdio nous emmène sur les traces des deux murales qui ont résisté au dernier séisme. Il a dix-huit ans à peine et le visage poupin de l’adolescent qu’il est encore un peu. Il parle avec passion, le collectif lui a tout appris. À peindre. À lutter. À vivre plus intensément, à en croire la lueur d’enthousiasme qui brille dans ses yeux. Sous une douce lumière d’après-midi, porté par un vent chaud auréolé de poussière, Ta Chente Doy nous observe. C’est le grand-père d’Emigdio. Le mural a été réalisé de son vivant : il avait 102 ans, il est mort trois ans plus tard. Il a passé une partie de sa vie à travailler pour les chemins de fer. À ses heures perdues, il était aussi guérisseur. Emigdio est volubile, ses mains volettent dans le vide, on sent son amour et sa fierté, non seulement d’un petit-fils envers son grand-père mais d’un jeune indigène face à une mémoire vivante. Aujourd’hui, il le croise presque tous les jours, comme s’il n’était pas mort. Une présence quotidienne, imprégnée de couleurs et sensible aux variations du temps qui passe.



Pour les zapatistes, le 1er janvier est avant tout l’anniversaire de l’insurrection qui a fait connaître le Chiapas au monde entier. Sur scène, un accordéoniste cagoulé fait vibrer la foule. Derrière lui, un drapeau noir frappé d’un « EZLN » rouge vif. Plus tard, le sous-commandant Moises prononce un discours fleuve, qu’il conclut humblement : « Il n’y a pas une seule réponse, une conclusion unique. Pas un seul manuel. Ni un seul dogme. Il y a plusieurs réponses, plusieurs manières, différentes façons de lutter. Et celui qui voit ses résultats apprend de sa lutte et de celles des autres. Chacun avec sa douleur, sa lutte, son espérance, son cœur digne. Nous savons que l’ennemi est commun et qu’il se nomme capitalisme. Tous les gouvernements et les partis politiques ne sont que les marionnettes des maîtres du capital. » Un groupe de musique s’installe. Des couples de zapatistes, tous cagoulés, dansent. Les Européens restent d’abord entre eux. Puis tout le monde se mélange. Un blondinet tout sourire fait tourbillonner une jeune zapatiste à la robe rose chatoyante. Les yeux se sourient. C’est peut-être ça, la puissance des zapatistes, ces éclats de vie qui s’incrustent en vous, malgré vous, et qui vous insufflent le courage de mener vos propres combats, véritable antidote au désespoir.




8 mars 2018. Rencontre à l’initiative des femmes zapatistes, qui ont invité la moitié de l’humanité au caracol de Morelia, au Chiapas. Pour renverser la domination et en faire une fête. Seulement pour les femmes. Rien que pour les femmes ! Dès le portail, le ton est donné. Une banderole bleue se détache d’un ciel limpide : « Bienvenue aux femmes du monde. » Sur le côté, sur fond jaune, bien en évidence : « Interdit aux hommes. » C’est tellement surprenant, sans gêne ni complexe que pas une femme ne résiste à se faire prendre en photo. Ça lève le poing. Ça rigole. On se congratule, on entonne des chants féministes. Des milliers d’Alice pénètrent au pays des merveilles. De toutes les couleurs, de tous les âges, de toutes les langues. C’est émouvant de voir ces sourires, ces centaines de femmes qui installent leurs tentes, un peu intimidées, pas encore sûres d’avoir compris l’enjeu de passer trois jours sans l’ombre d’une moustache ou d’un sourire prédateur. La guerre est restée à la porte. Comme les hommes, elle n’est pas invitée !






7 721.60 € collectés
Objectif : 7 000 € Contribuer au projet
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De l'autre côté du charco. Le livre.

par CONTRE-FAITS

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