Restauration d’American Picnic, une œuvre majeure de Juliette Roche

 

Encore trop méconnue, Juliette Roche (1884-1982) est une artiste originale dont l’œuvre presque entièrement conservée par la Fondation Albert Gleizes reste encore à découvrir. Issue de la grande bourgeoisie parisienne de la fin du XIXe siècle, Juliette Roche n’a pas éprouvé le besoin de faire carrière ce qui explique qu’elle ait peu exposé de son vivant (des envois aux Salons, une exposition à la prestigieuse galerie Bernheim-Jeune en 1914, une rétrospective dans une galerie provinciale en 1962). Epouse du peintre cubiste Albert Gleizes, Juliette Roche n’a cependant été que fugitivement influencée par le cubisme. Ses premiers tableaux trahissent plutôt l’influence de Maurice Denis et de Paul Sérusier auprès desquels elle semble s’être formée. A partir de 1915, Juliette qui a suivi son mari à New York,  puis à Barcelone, où elle continue à peindre des scènes urbaines, entre en contact avec les milieux Dada fédérés autour de Francis Picabia et de sa revue 391. Elle participe à ce mouvement qui prône le non-art et le recours à l’absurde par une peinture-collage et surtout par un récit à clefs et d’intéressants poèmes. Parallèlement elle réalise des objets décoratifs à l’exemple de Sonia Delaunay, qui compte parmi ses amies proches, tout comme Marie Laurencin qui peint son portrait à deux reprises à Barcelone.

Une des peintures les plus importantes de la période américaine de Juliette Roche (1915-1918) est American Pic-nic, œuvre impressionnante déjà par ces dimensions (2,17 x 3,74 m). Dans un vaste paysage idyllique, très nabi d’allure avec ses coloris un peu suaves et ses volumes synthétiques, trois femmes nues de couleur différente devisent sur un tapis au premier plan. Autour de ce trio, formant une sorte allégorie du melting pot américain, trois groupes de personnages peints en coloris orangés animent le paysage en dansant, tandis que sur la droite deux femmes vêtues à la dernière mode (où l’on reconnaît Juliette Roche elle-même) regarde le spectateur et que sur la gauche un couple de félins quitte nonchalamment la scène. Entre les figures, l’artiste a dispersé des motifs plus ou moins abstraits dérivés de motifs indiens Navajo ou de poteries Hopi que Juliette Roche a pu découvrir dans les musées new-yorkais. Œuvre composite (elle se souvient notamment de la fameuse Danse de Matisse de 1919-1910, aujourd’hui à Saint-Pétersbourg), American Pic-nic constitue ainsi un exemple rarissime à cette époque d’une inspiration américaine chez un artiste français.

Actuellement roulée, cette toile étonnante n’est pas en bon état de conservation car elle avait été longtemps laissée à l’abandon par l’artiste dans son atelier de Saint-Rémy-de-Provence. Peinte sur une toile sans préparation, la couche picturale présente des défauts d’adhérence et nécessite un nettoyage complexe. Le devis de restauration présenté à la fondation pour American Pic-nic s’élève entre 24 685 € et 31 203 € TTC pour une remise en état complète.

A la faveur notamment du mouvement de revalorisation des artistes femmes par l’histoire de l’art anglo-saxonne, l'œuvre de Juliette Roche refait peu à peu surface aujourd’hui. Une peinture présentée dans l'exposition Paris-Barcelone au Grand-Palais en 2001-2002, une autre dans l’exposition Dada au Centre Pompidou en 2005, deux peintures entrées récemment dans les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon ont signalé ce regain d'intérêt. Celui-ci devrait être prochainement confirmé par une exposition, la première rétrospective depuis la disparition de Juliette Roche. American Pic-nic en constituera l’une des œuvres phares.

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Association Fondation Albert Gleizes

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