PEUPLES ET MONTAGNES DU MEKONG

Humanitaire
L’association a pour objet de promouvoir et soutenir l’aide et la solidarité des peuples et ethnies minoritaires vivant sur les bords du Mékong et dans les montagnes environnantes en développant auprès d’eux à caractère humanitaire.
à la une
Formation des volontaires de santé au Nord Laos PEUPLES ET MONTAGNES DU MEKONG Former des volontaires de santé à la prévention de l'Hygiène et des premiers soins dans les villages du Nord Laos.
Formation des volontaires de santé au Nord Laos PEUPLES ET MONTAGNES DU MEKONG Former des volontaires de santé à la prévention de l'Hygiène et des premiers soins dans les villages du Nord Laos.
qui sommes-nous ?
En images
+7 Photos
Notre mission

L’association Peuples et Montagnes du Mékong existe depuis le mois de juin 2011. Elle a pour objet de promouvoir et soutenir l’aide et la solidarité des populations ethniques et de développer des missions à caractère humanitaire. Nous avons progressivement investi cette région du Nord Laos en réalisant des chantiers de construction de toilettes et en effectuant des forages ou des captages d’eau. Nous nous sommes aperçus que l’absence d’hygiène était un problème récurrent dans ces villages et générait de nombres maladies : les femmes et les enfant étant souvent particulièrement concernés.

Les diverses interventions médicales que nous avons effectuées, nous ont confortées dans notre constat.

La formation auprès des personnels de santé (médecins, sages-femmes, infirmiers)  nous a semblé une réponse adéquate qui permettait d’agir à moyen et à long terme  sur ces populations. C’est ainsi que nous  avons animé à raison de 3 missions par an, diverses formations auprès de l’Hôpital d’OUDOMXAY et de plusieurs hôpitaux de district. Ces formations ont été totalement satisfaisantes  mais laissaient de côté les volontaires de santé.

Ces volontaires de santé sans véritable formation, sont censés répondre aux problèmes médicaux; problèmes souvent amplifiés par l’éloignement des villages,  par le manque récurrent d’Hygiène et par le poids de certaines traditions. A titre d'exemple, il n'existe souvent qu'un seul point d'eau dans les villages trop souvent non potable. Les toilettes se déversent directement dans la rivière alors même qu'en aval d'autres habitants font leur toilette ou recueillent de l'eau pour leur cuisine !

 

La formation des volontaires de villages s’impose donc comme un objectif important. Les volontaires pourraient au sein même de leur village, développer un travail d’information, de prévention, de sensibilisation et d’assurer les premiers soins. Ils effectueraient également un travail de vigilance qui consisterait à persuader les personnes concernées à se rendre au dispensaire ou à l’Hôpital en cas de problèmes de santé.

 

Nous proposons d’intervenir dans ce contexte auprès de ces volontaires  dans le cadre d’une formation de deux semaines en  reprenant les thématiques d’hygiène, de suivi de grossesse, de soins aux nourrissons et aux enfants et de premiers soins ; thèmes que nous abordons déjà dans les formations que nous effectuons chaque année auprès des médecins et infirmiers Lao.



Les actions de notre association

Un chantier important : les toilettes sèches

Nous avons initié en 2011 un travail sur la réalisation de toilettes sèches à la demande des villages de BAN PAKEO (village HMONG) et de MUANG KHAM (village LAO). Il se trouve que cette demande s'inscrit parmi les priorités du gouvernement Laotien qui souhaite fortement améliorer lʼhygiène dans tout le pays. Quoi de plus simple que de faire des toilettes me direz-vous ! Oui, en Europe ! Mais dans la forêt Laotienne c'est une toute autre histoire ! Nous avons donc réfléchi aux divers problèmes avec un cabinet d'architecte (Atelier DL), rencontré un fabricant français de toilettes sèches (Kazuba) et étudié les divers expériences d'autres associations ayant été confrontées aux mêmes problèmes, notamment dans les quartiers pauvres d'Afrique et d'Amérique du Sud. Nous en sommes arrivés à un projet parfaitement réalisable au Laos, moyennant quelques adaptations de matériaux en fonction des villages et des moyens financiers à notre disposition. Nous commençons la construction de ces toilettes sèches à partir du mois de janvier 2013/ Le budget "Toilettes sèches" se monte à 20 000 euros et peut être pris dans le cadre du mécénat d'entreprise.

Mission médicale du 9 au 23 avril 2013

C’est la première fois que l’association initiait une mission médicale au Laos. C’est donc en néophyte que nous nous sommes lancés dans cette expérience dont il nous paraît important d’en tirer les enseignements.

 Deux périodes assez distinctes semblent caractérisées notre séjour : la première touche à notre méconnaissance de l’administration laotienne et la deuxième correspond aux prestations médicales réellement effectuées.

 Lors du séjour en février 2013, Monique et Jean Michel avaient rencontré le Médecin responsable du dispensaire de BAN BENGLUANG dont dépend le village de BAN PAKEO et ce dernier avait été informé de notre désir d’intervention du mois d’avril. Ce monsieur avait souhaité que nous organisions une réunion de travail avec son service avant de commencer notre propre prestation. De plus, il se proposait de mettre à notre disposition une infirmière. A aucun moment, ce médecin a parlé de la nécessité d’engager d’autres formalités. De retour à LUANG PRABANG, Monique et Jean Michel ont souhaité effectuer la même démarche auprès du service de santé de cette dernière ville afin que nous  puissions intervenir dans les villages de BAN JOK  et de BAN HUAY PONG II. Malheureusement, le responsable du service était absent et le rendez-vous proposé se situait au delà de leur retour en France.

C’est donc Nathalie et Thierry qui arrivés plus tôt au Laos avait la tâche de reprendre contact avec les responsables du service de santé de LUANG PRABANG. Et c’est là qu’ils ont appris que notre démarche n’était pas conforme et que l’association aurait dû solliciter le Ministère des Affaires Etrangères du Laos, qui aurait transmis notre demande au Ministère de la Santé, qui aurait lui même sollicité ses propres services pour obtenir leur autorisation sur la faisabilité de notre mission.

Nathalie et Thierry se sont battus pendant toute une semaine pour essayer de faire fléchir nos interlocuteurs et trouver un compromis. Ils ont même sollicité certaines ONG sur place pour savoir si un partenariat ou un tutorat était possible. Ils se sont enfin rendus à OUDOMXAI pour vérifier ce qu’il était possible de faire.

 Nos trois médecins (Marie-Odile, Marie-Claire et Louise) étant arrivés, les négociations se sont poursuivies en leur présence et les résultats se sont révélés différents, selon qu’il s’agit de LUANG PRABANG ou de OUDOMXAI.

 En ce qui concerne LUANG PRABANG, les responsables du service de santé n’acceptaient l’intervention de nos médecins que dans le cadre hospitalier et essentiellement pour tenir des permanences pendant la fête de PI MAI. Nos amis médecins ont refusé à juste raison, n’étant pas au Laos pour effectuer des tours de garde à l’hôpital. Enfin, une interdiction formelle nous a été faite d’intervenir dans les villages de BAN JOK et de BAN HUAY PONG II,  y compris au nom de notre sécurité.

A l’inverse, nous sommes arrivés à un accord avec les responsables d’OUDOMXAI, peut être d’ailleurs parce que les réunions préparatoires se faisaient sous la responsabilité du représentant du Ministère des Affaires Etrangères qui avait pris soin de réunir l’ensemble des interlocuteurs concernés. De cet accord, il en est ressorti que nos amis médecins donneraient leur sentiment et conseilleraient leurs collègues au sein de l’hôpital pendant deux jours avant de se rendre à BAN PAKEO comme prévu. Clause additionnelle, notre intervention à BAN PAKEO n’était possible que si nous acceptions d’être accompagnés sur place par des représentants du Ministère des Affaires étrangères et de la santé, soit quatre personnes en tout.

 De ces imbroglios administratifs, il faut néanmoins en tirer des points positifs : ceux de connaître à la fois les procédures et surtout nos interlocuteurs ce qui devrait nous servir pour les missions suivantes.

 Dans la réalité de cette première période, nous ne sommes néanmoins pas restés sans rien faire. A titre privé, nous sommes allés à BAN HUAY PONG II pour expliquer la situation au Chef de village (c’est le village où nous avons effectué un forage en février permettant ainsi aux habitants de bénéficier d’une eau potable) et surtout pour lui assurer la poursuite de notre aide. Lors de cette visite, nous avons été amenés à la demande de nos amies médecins à hospitaliser en ambulatoire un très jeune enfant et à prendre en charge un couple de personnes âgées en état de grande faiblesse. Le constat a également été fait que l’apport régulier d’une eau potable au village, avait également permis d’éradiquer les problèmes de dysenterie et de diarrhée.

 A OUDOMXAI, notre présence à l’hôpital a été très bien acceptée par l’encadrement et  par les autres médecins et infirmières dans un climat amical de solidarité et de partage de diagnostics. L’hôpital souhaite la poursuite de notre aide et reste demandeur de matériels, de médicaments et de formations complémentaires, notamment auprès des infirmières.

 La deuxième période est naturellement beaucoup plus positive et gratifiante. Marie-Odile, Marie-Claire et Louise ont effectué un travail remarquable et qu’elles en soient ici à nouveau remerciées. Du matin 7 H 30 jusqu’à 17 heures environ, elles se sont mises totalement au service de la population. Elles ont effectué plus de 200 consultations médicales et Louise a extrait ou soigné pratiquement autant de dents. C’est ainsi que nous avons touché, non seulement la population HMONG de BAN PAKEO mais aussi celle de villages KHAMU environnants. Nous étions enfin au cœur de la mission que nous avions souhaitée.  Parmi les examens effectués par les médecins, plusieurs cas graves ont été détectés. Certains ont fait l’objet de recommandations auprès de l’hôpital d’OUDOMXAI ; deux autres nécessitent la mise en place de stratégies particulières. Il s’agit de deux adolescents, dont l’un doit être opéré du cœur et l’autre doit faire l’objet de l’ablation de la rate. L’association doit poursuivre sa mission en continuant d’accompagner ces deux jeunes. Cela passe bien sûr par la nécessité de lever des fonds et par une réelle mobilisation.

 Cette première mission nous a beaucoup appris sur le plan administratif et sur le plan logistique et nous saurons en tirer les leçons pour les missions suivantes. Nos rapports avec l’administration et les médecins de l’hôpital d’OUDOMXAI ont été excellents ; des liens se sont crées et faciliteront nos rapports pour la prochaine fois. Le travail effectué par Marie-Odile, Marie-Claire et Louise a été extrêmement conséquent et nous a renforcé, compte-tenu des besoins, dans notre idée d’intervenir en priorité  auprès des minorités éloignées des structures de soins et peu enclins à venir se faire soigner à l’hôpital. La mission s’est terminée par le don de médicaments aux hôpitaux d’OUDOMXAI et de LUANG PRABANG  et par le don de lunettes au centre ophtalmologique de cette dernière ville.

Un témoignage médical (septembre 2013)

Le Jeudi 5  Septembre, le jeune qui souffre de problèmes cardiaques est vu a l’hôpital de OUDOMXAY par un médecin qui l’examine rapidement et nous délivre un document pour une intervention a VIENTIANE. TAR et moi rencontrons aussi la personne chargée de s’occuper du dossier à remettre au Ministère des Affaires  Etrangère a VIENTIANE. Le dossier n a pas été transmis au Ministère de la Santé, ils engagent à le faire rapidement.

Le soir nous montons à BAN PAKEO ou SY LY qui a un  problème au foie nous demande si l’association est entrée en contact avec la THAILANDE pour une opération. En effet cette éventualité avait été évoquée pour lui lors de la mission médicale d’AVRIL. Un diagnostic clair n’ayant pas été posé a ce moment là, je prends la décision qu’il vienne lui aussi à LUANG PRABANG.

Dans la soirée nous parlons aux parents de KOR de l’école des Sourds et Muets et de la nécessité que l’un d’eux ou tous les deux rencontrent sœur Marie Catherine. Apres discussion, ils décident de venir tous les deux…

Viennent donc à LUANG PRABANG, sept personnes : le jeune cardiaque et son père, la jeune KOR et ses parents, Mr JONGALY qui lui a un problème de testicules et le jeune qui a un problème au foie. Ils partiront le dimanche matin de BAN PAKEO pour arriver dans l’après midi à LUANG PRABANG et ils seront hébergés à la SABAIDEE GUESTHOUSE où le prix qui nous a été fait, défi toute concurrence, merci à Grand LY. L’argent du voyage aller a été remis au Chef du village avant notre départ de BAN PAKEO.

Dimanche 8 Septembre, les villageois arrivent très tard car ils ont été coincés par un éboulement pendant six heures. Un repas leur est préparé à l’hôtel par petit LY.  Fatigués ils se sont couchés rapidement.

Lundi 9 Septembre visite à l’ hôpital :

Le jeune cardiaque : le chirurgien qui doit le voir est absent. Un  rendez vous est pris pour le soir a sa clinique [équivalent d un cabinet privé] pour une consultation. Le médecin diagnostique une communication inter-ventriculaire [CIV].  Pus simplement il s agit d’un trou dans le cœur. Cette pathologie nécessite une intervention. Le médecin dit être en relation avec deux associations : une luxembourgeoise LUXAMBOURG ADS [aide développement santé] qui opère a VIENTIANE et une française SANTE FRANCE LAOS qui opère en France. Il nous indique que le médecin de l association Luxembourgeoise est au Laos et qu’il va le joindre. Il se charge des démarches à faire.

Le docteur se montre très intéressé par notre association, il dit être prêt a prêter ses appareils lors de la prochaine mission médicale et propose d’y intervenir si il est disponible.

Depuis il a contacté le cardiologue luxembourgeois, lui a parlé du cas du jeune homme. Il propose de l’examiner lors de sa prochaine mission au Laos et il fera le point avec nous sur ce qu’il convient de faire. Lui aussi comme le  médecin Lao  est  intéressé par l association. Il doit joindre notre président par mail prochainement.

KOR la jeune fille sourde et muette : elle est examinée à l hôpital lundi matin par un médecin qui indique que ses problèmes sont dus a une méningite qu’elle a contractée quand elle était petite. il pense qu’au cours de cette maladie le centre de l’audition et peut être celui de la parole ont été touchés. En effet avant sa méningite, KOR commençait à parler. Les appareils de l’hôpital ne sont pas assez précis pour déterminer son degré d’audition [nul ou partiel]. Le médecin dit qu’il faut aller à VIENTIANE pour des examens plus précis. En fin de matinée KOR et ses parents rencontrent sœur Marie Catherine à l’école des sourds et muets. Cette dernière leur explique le fonctionnement de l’école et leur dit que la petite peut être admise le soir même si les parents sont d accord ; ce qu’ils acceptent. La sœur nous informe du trousseau dont KOR à besoin et demande si possible que 25 euros soient versés à l établissement pour la scolarité. Le trousseau est acheté dans l’après-midi et à dix sept heures KOR entre dans l’établissement où elle est depuis. Ses parents sont restés deux jours chez leur fils qui fait ses études à LOUANG PRABANG pour s’assurer qu’elle s adaptait.  Nous avons également pris régulièrement de ses nouvelles et l’avons vue à plusieurs reprises. Elle s’épanouit, se fait des copines et s adapte très bien.

Il est à noter que sœur Marie Catherine nous a informé qu’un médecin spécialisé  de VIENTIANE viendra  àl école en décembre pour faire des tests d audition et que KOR sera examinée.

La religieuse demande si l’association peut aider à payer  les inscriptions en stage d’entreprise ainsi que le matériel pour six de leur pensionnaire.

Le médecin qui rencontre Monsieur JONGALY pose le diagnostic d une orchite testiculaire due à une complication des oreillons qu’il a eue adulte et qui a entrainée une atrophie d un testicule. Pour ce praticien, les difficultés que rencontre ce monsieur sont surtout dues au stress et à la pression qu’il se met. Le médecin prescrit des médicaments antidouleurs, anti-inflammatoires et anxiolytiques. Monsieur JONGALY n’est pas content du tout de la consultation car le médecin ne la pas « touché ». Il veut rencontrer un autre spécialiste car il est évident qu’il veut « guérir ». [Il est soutenu dans sa demande par petit LY et Bertrand mon neveu qui se sentent solidaires du problème]. TAR lui indique un spécialiste, un autre médecin conseillé par ses parents. Ce médecin est rencontré le lendemain à sa clinique. M   JONGALY  lui montre tous les examens et radios déjà faits à la clinique chinoise de OUDOMXAY, ce qu’il n’avait pas fait lors de la première visite à l hôpital. Ce troisième médecin confirme le diagnostic orchite et atrophie posé et par la clinique chinoise et le médecin rencontré à l hôpital. Pour lui aussi les problèmes que rencontre M  JONGALY sont surtout d’ordre psychologique. Il prend beaucoup de temps à expliquer à ce monsieur sa pathologie. Il lui montre des images sur ordinateur, cherche à l’apaiser et à calmer son inquiétude. Nous demandons au médecin d’examiner. M   JONGALY ce qui a été fait. Ce médecin ne demande pas d’honoraires car il confirme le précédent diagnostic.

M  JONGALY semble apaisé après cette consultation mais un peu plus tard il déclare que ce médecin ne veut pas l’aider. Il est évident qu’il espère un miracle qui ne peut pas venir !

SY LY : le médecin qui le voit lui demande de quoi il souffre et SY LY lui dit qu’il tousse et qu’il a mal aux poumons. Le jeune homme est envoyé au service anti-tuberculose car une épidémie sévit sur le Laos. Il passe ensuite une échographie pour le foie et doit faire une prise de sang qui sera faite le jour suivant car il n est pas à jeun. Les résultat des examen sont prêts le mardi mais le médecin est en réunion .Le soir nous nous rendons trop tard en raison des obligation de TAR et c’est un chirurgien ami du père de TAR qui est consulté. Il pose le diagnostic d’hépato-carcinome cancer du foie particulièrement grave pour lequel il existe très peu de traitement surtout quand il est à ce stade. Il explique à  SY LY que rien ne peut être fait pour lui et que si il souffre, il doit prendre les médicaments traditionnels antidouleur. En français, il nous explique que SY LY n’a plus que deux ou trois ans à vivre. Même si il n a pas été dit à SY LY qu il allait mourir, il semble avoir compris la gravité de son état.

Une autre misssion en novembre 2014

Cette mission a perpétré des interrogations que nous avions déjà et qui se trouvent renouvelées par les différentes questions que nous a transmises Annick. Ces questions sont incontournables et légitimes et nous nous devons d’y répondre collectivement. Ce sera là l’objet de notre prochain CA. En attendant, je m’essaie à définir ma propre contribution à une réflexion plus riche en questions qu’en affirmations péremptoires.

 

Pour comprendre la mission, je propose de diviser cette évaluation en plusieurs parties :

 

·      Celle liée à la prestation médicale

·      Celle de nos rapports avec l’administration de l’Hôpital

·      Celle qui définit nos rapports au sein du groupe que nous formions.

 

1.    Celle liée à la prestation médicale

Nos médecins sont intervenus dans 3 villages différents (2 villages KHAMU et un village Lao) à raison de deux jours par village. Les prestations ont été identiques aux précédentes et nos amies ont fait preuve d’une grande  disponibilité et d’un savoir-faire certain pour recevoir prêt d’une centaine de personnes par jour. Les critiques rapportées par le Docteur SENG SAIGNAVONGS (voir le contenu de son rapport) lors de ces contacts avec le Directeur de l’Hôpital ne me paraissent pas justifiées. Les extractions de dents pratiquées par Louise étaient nécessaires et les conditions de stérilisation des instruments conformes à ce qui s’est toujours fait dans ce type de situation. A noter que ces reproches ne nous ont jamais été faits directement et me renvoient de façon ironique à l’état des couveuses à l’Hôpital (voir le rapport du mois de juin de Monique)...

Les médecins se sont situés essentiellement de façon préventive, n’hésitant pas à solliciter l’avis de leurs confrères Lao. Ces derniers, à de rares moments, sont restés dans un statut d’observateur ce qui n’a pas été le cas des infirmiers lao qui ont participé avec intérêt. Les médicaments distribués ont principalement été du paracétamol. En complément, nous avons été amenés à acheter des produits pharmaceutiques directement au dispensaire du district dont nous dépendions.

L’importation de médicaments au Laos est strictement interdite.

Pour moi, la partie médicale est une réussite et s’inscrit tout à fait dans la finalité de notre association.

2.    Celle de nos rapports avec l’administration de l’Hôpital

Avant de développer ce chapitre, il me paraît souhaitable de rappeler d’où l’on part. L’année 2014  nous a successivement permis d’obtenir du Ministère des Affaires Etrangères ce qu’ils appellent « Operation Permit » puis successivement l’autorisation de la formation d’infirmières en juin et de la mission médicale de ce mois de novembre. Ce travail complexe a été mené principalement par Benjamin.  Dans le document du mois de novembre, le Ministère nous avait demandé de budgétiser notre mission. C’est ce qui a été fait. Ce budget fait partie du dossier d’agrément nous autorisant à intervenir dans les villages. Sans quoi, rien n’était possible.

Lors de notre réunion de travail du 6 novembre, toutes ces questions ont été reprises et ils souhaitaient nous accompagner plus nombreux qu’initialement prévus. Nous en sommes restés à ce qui avait été écrit. A savoir : présence d’un médecin de l’Hôpital, du médecin du district et de deux infirmiers. L’administration mettait à notre demande un véhicule à notre disposition, à charge pour nous de payer le carburant.

Il n’a jamais été question de payer les médecins ou les infirmiers ; cette affaire ayant été réglée au mois de juin par Monique et Benjamin. Par contre, notre engagement consistait à prendre en charge les frais d’hébergement et les frais de restauration. Ces frais se répartissaient de la façon suivante : Le médecin et son chauffeur : 140 000 kips chacun par jour et pour les autres qui sont sur place : 75 000 kips. Ces chiffres ne sont pas excessifs au regard de la réalité : une chambre coûtant à peu près 100 000 kips  et un repas un minimum de 20 000 kips. Globalement, le coût pour l’association en euros se monte à 45 euros pour deux jours dans des villages éloignés, à l’exclusion des frais de carburant.

 

A partir de cette réalité, nous pouvons nous laisser aller à établir une comparaison entre des falangs plein de bonne volonté et entièrement solidaires et bénévoles et eux forcément corrompus qui réclament des compensations alors même que nous sommes venus pour les aider ! L’expression « engraisser les médecins » me paraît un peu excessive même si légitimement ces pratiques sont en mesure de choquer nos mentalités d’occidentaux. D’une certaine façon, nous les sortons de leur travail habituel pour d’autres tâches qui ne faisaient, avant nos demandes, pas forcément partie de leurs priorités.

 

Pour ma part et jusque là, j’estime que c’est un passage obligé sans quoi il ne nous est plus permis d’intervenir. Question de réalisme. Reste que dans les faits la réalité ne s’arrête pas là et que nous sommes entraînés dans une surenchère qui nous amène à payer deux fois la totalité des frais d’hébergement et de restauration. Les frais de mission ayant été totalement honorés au fur et à mesure, l’argent versé en fin de mission devient un « salaire » déguisé. Nous sommes au delà du cadre préalablement fixé. Cela s’appelle de la corruption. A notre décharge, la corruption est une pratique quotidienne au Laos et les associations humanitaires n’y échappent pas moins que les autres.

 

C’est la deuxième fois que nous nous trouvons à gérer cet état de fait et les questions que nous nous posons nous renvoient à notre propre éthique. Jusqu’à quel point peut-on accepter de payer pour agir bénévolement ?  Si la réponse est totalement négative, notre refus catégorique et que nous restons campés sur nos principes ; nous serons comblés sur le plan de nos valeurs et accessoirement sur notre narcissisme mais nous pourrons mettre un terme à nos activités au Laos. S’opposer frontalement au diktat de l’administration est en effet une orientation possible qui conduira à la fin de nos prestations mais c’est aussi moralement faire l’impasse sur toutes ces détresses que nous avons rencontrées dans les villages, sur ces centaines de gens qui nous ont fait confiance. J’ai encore en mémoire cet homme de 70 ans qui pèsent 26 kilos et qui est venu se faire soigner auprès de nos médecins. Et que dire des autres, des femmes notamment ?

 

Réduire nos problèmes à la question financière n’est pas suffisant. Il y a aussi des questions de comportement et des questions culturelles pour ne pas dire d’éducation. Sur les questions de comportement, je regrette que les médecins lao se soient contentés pour l’essentiel d’être des observateurs.  Que dire du directeur adjoint qui a passé une partie de son temps lors des deux premières journées (après nous ne l’avons pas revu) à boire du lao-lao et à faire la sieste ? Qu’est-il réellement venu faire parmi nous ? Sur l’éducation, même interrogation : qui les autorise à commander de la bière sans solliciter notre avis tout en sachant que c’est nous qui allions payer ? Que dire d’un médecin de district qui cumule deux activités : celle de médecin et celle de propriétaire d’un karaoké ? Quelle est sa réelle disponibilité de médecin ? On peut supposer qu’il gagne plus d’argent à vendre de la bière et à faire chanter qu’à soigner des patients dans des villages isolés. Nous pourrions multiplier les différents culturels... Ce sont des petites choses mais qui accumulées, entretiennent une atmosphère de suspicion.

 

Personnellement, je suis pour une position pragmatique intermédiaire qui passe par la rédaction d’un protocole précis (document officiel de l’association) qui reprend l’ensemble des différents aspects de la mission. Ce protocole devrait comprendre ce que nous sommes prêts à assumer sur le plan financier (essentiellement des frais de déplacement et d’hébergement), sur les différentes actions à mettre en œuvre ainsi qu’une procédure d’intervention (intéressante notamment quand nous intervenons dans les villages). Ce protocole, par sa précision et sa rigueur, peut rebuter nos interlocuteurs et finalement avoir les mêmes conséquences (arrêt de toute collaboration avec l’Hôpital) qu’un refus de notre part.

 

De toute façon, les réponses à ces questions doivent être collectives et appartiennent à une décision de notre Conseil d’administration.

 

A l’heure où j’écris ce texte, nous n’avons pas de réponses à notre demande d’évaluation de la mission et de programme pour l’année 2015 ; l’administration de l’hôpital étant entièrement tournée vers la préparation  des jeux nationaux de gymnastique à OUDOMXAI. Cette impossibilité de les rencontrer est dommageable mais peut comporter un avantage : celui de nous donner le temps de préciser notre position, de rédiger ce protocole et d’affiner nos propositions d’actions qui ne différent pas de ce que nous avions déjà évoqué. A savoir :

 

·      Renforcement des processus de formation de médecins (ils sont résolument demandeurs) et d’infirmières.

·      Le stage des élèves infirmières en mars me semble compromis (pas de réponses claires).

·      Mission médicale de novembre 2015.

 

Les actions qui ne sont pas médicales (voyage solidaire par exemple) ne les regardent pas et le point « mission médicale » n’est pas gagné d’avance car nous ne sommes pas certains qu’ils souhaitent que nous les poursuivions.

 

Alors dans cette dernière hypothèse que faire s’ils refusent notre intervention dans les villages ?  Avons-nous le potentiel suffisant pour permettre de proposer dans des spécialités différentes des professeurs de médecine ? Le Conseil d’administration devra également répondre à cette question.

 

 

3.    Celle qui définit nos rapports au sein de notre groupe

 

Le groupe que nous formions était finalement assez important. Sans doute trop. Il était composé de nos 3 médecins et de l’aide dentaire de Louise, de Benjamin, de Charlie, de Christophe, de Leslie la psychologue, de Jacques le photographe, de Joy l’interprète et de moi même. Il n’est pas exclu de penser que notre nombre a pu être ressenti comme une forme de rapport de force. En même temps, les jeunes ont toujours été très présents pour aider les médecins.

Comme un problème n’arrive que rarement seul, nous avons dû également gérer l’incompétence de notre interprète. Joy a été recruté au dernier moment et dans de mauvaises conditions après les désistements successifs de Louantha pour cause d’engagement prolongé avec des touristes et avec l’étudiante en médecine pour cause de stage à VIENTIANE. Joy parle mal le français et a du mal à s’exprimer correctement alors qu’elle a été la professeur de TAR et de LY !!!

 

Au delà de la mission médicale proprement dite, il me semble que deux groupes un peu distincts se sont formés : le groupe des jeunes et le groupe des plus anciens ; les préoccupations nocturnes n’étant pas tout à fait les mêmes. Là aussi quelques différents culturels sont apparus, chacun étant porteur de sa propre légitimité. Vu de ma place d’animateur (mais aussi partie prenante) et à  la différence du voyage solidaire, il m’a semblé que nous représentions plus une somme d’individualités qu’un véritable collectif. Cela c’est parfois traduit par des préconisations différentes, à défaut de directives contradictoires ; chacun s’autorisant à dire le contraire de ce qui avait été précédemment énoncé Cela peut donner aussi une impression de flottement et d’imprécisions aux yeux de nos interlocuteurs.

 

 

En guise de conclusion provisoire

 

Cette expérience riche d’apprentissages et de points de vue tous légitimes met l’association dans une alternative binaire :

 

·      Soit l’Hôpital refuse nos propositions reformulées à travers le protocole et nous nous retrouvons sans possibilités d’actions à développer à court et à moyen terme. Il s’agira alors de repenser en profondeur les orientations de l’association ou de décider d’y mettre fin.

·      Soit l’Hôpital accepte peu ou prou ce que l’association propose et il faudra alors que chaque membre du Conseil d’administration s’appuie concrètement sur son engagement militant en prenant des responsabilités formelles en lien avec ses compétences. Il nous faudra activer tous nos réseaux pour créer un pool de médicaux au sein de l’association capable de nous accompagner pendant quelques années, de trouver des médecins formateurs, des infirmiers formateurs et sans doute des kinés.

 

Mais il reste possible de sortir de cette démarche binaire :

 

·      Bien entendu la question de la formation ne s’arrête pas aux marches de l’hôpital et nous pourrions sans doute définir un axe possible d’interventions de formations préventives autour de l’hygiène (souvent évoqué), autour des postures (voir le document statistique), autour de la puériculture, du soin préventif...

·      D’une manière générale, nous devons étoffer l’association et plus généralement notre conseil d’administration. J’estime que aujourd’hui, c’est un des points faibles. Appartenir au CA est pour moi un engagement. Chacun doit pouvoir prendre sa part dans une juste répartition des tâches. Ce doit être un lieu de réflexion, d’élaboration et d’investissement collectif. C’est la condition d’un fonctionnement démocratique.

·      Enfin, il y a la question de l’argent. Oui les fonds sont en baisse mais c’est rattrapable. L’essentiel du déficit de cette année n’est pas dû à la mission médicale mais à la prise en charge de Benjamin du mois de février au mois de juillet 2014. Je rappelle pour mémoire que c’est le fruit d’une décision du conseil d’administration. Je présenterai au CA un compte d’exploitation détaillé de la mission médicale de ce mois de novembre.

·      Je maintiens ma position sur la nécessité que la recherche de dons et de mécénat doit être l’affaire de tous et qu’elle doit aboutir à un résultat visible. Les différents budgétaires que nous rencontrons avec l’administration de l’hôpital d’OUDOMXAI ne doivent pas servir de prétexte à ne rien faire...

Siège social

79 rue Francis BAULIER 42100 SAINT ETIENNE

Rejoindre nos communautés

vous avez une question ?
Soyez le premier à lancer la conversation !
Votre message
Notre communauté

Nos supporters

jac-fran-175979 artchan peuplesetmontagnesdumekong-175821 Cassius Le Chene
Découvrez d'autres associations sur HelloAsso
POMPIERS HUMANITAIRES FRANCAIS
Yovo Yovo
Des R sans en avoir lair
AUNOCADEV Auvergne Nord Cameroun Développement
;