L'Instruction, un projet de théâtre documentaire et citoyen

par Théâtre Berloul

L'Instruction, un projet de théâtre documentaire et citoyen

par Théâtre Berloul

Avec l'Instruction, Peter Weiss nous permet de démonter les rouages de l'impensable machine à anéantir. Pour parer son retour...

Le projet en bref


L'Instruction est un projet théâtral porté par le Théâtre Berloul, à Romillé, près de Rennes. Un collectif de comédiens professionnels et amateurs a été réuni par Brigitte Stanislas, metteuse en scène et comédienne au Théâtre Berloul, pour porter à nouveau cette pièce de Peter Weiss à la scène. Depuis deux ans, ce groupe composé d'une douzaine de personnes travaille au montage du spectacle. La forme artistique finale devrait faire intervenir une vingtaine de personnes : comédiens professionnels, comédiens amateurs et "locuteurs" (des personnes parlant d'autres langues.


Il s'agit donc d'un projet ambitieux et engagé. La pièce de Weiss questionne en effet la machine industrielle et capitaliste, destinée à exterminer et les rouages du système qui a mené à Auschwitz et à l'anéantissement de millions de personnes pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Ce projet est à la fois artistique et citoyen. En effet, le public et les acteurs (professionnels et amateurs) seront mis sur le même plan par le dispositif scénique. Il n'y aura pas de limite entre la "scène" et la "salle". C'est pour cela que nous souhaitons proposer à tout un chacun de contribuer au financement de ce projet.


Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier


La Pièce


De décembre 1963 à août 1965 a lieu à Francfort-sur-le-main, l'un des procès du camp d'extermination d'Auschwitz. L'instruction concernait le rôle de 22 prévenus, particulièrement de leur implication dans le fonctionnement du camp. Dans le cadre du procès, environ 360 témoins dont 210 rescapés furent entendus.


Peter Weiss assiste aux débats et se fonde sur les minutes du procès pour écrire L'Instruction, Oratorio en onze chants. Se limitant aux citations, il organise les témoignages et donne ainsi une intelligibilité et une forme permettant de comprendre l'histoire et d'en tirer des leçons, pour nous, contemporains.



TÉMOIN N° 3


Nous

qui vivons encore avec ces images

savons

qu’il est possible que des millions de gens

subissent encore une fois sans réagir

leur anéantissement

et que cet anéantissement dépassera

de loin en efficacité

les vieilles méthodes


Peter Weiss : L'instruction

Chant IV

Le chant de la possibilité de survivre /p146


12400666_997394247018296_4112633008846567312_n-1466352500

Photos : Rachel Daucé


L'Instruction de Peter Weiss aujourd'hui ?


« Un vivant est venu et devant cet homme vivant ce qui s’est passé ici se referme.

Le vivant qui vient ici, d’un autre monde, ne possède que sa connaissance de chiffres,

de rapports rédigés, de déclarations de témoins, ils sont une partie de sa vie,

il les porte en lui, mais il ne peut comprendre que ce qui lui arrive à lui-même.

C’est seulement lorsqu’on le chasse de sa table et qu’on l’enchaîne,

lorsqu’on le piétine et le fouette qu’il comprend.

C’est seulement lorsque tout près de lui on les rassemble brutalement,

on les assomme, on les charge dans des charrettes qu’il comprend. »


Peter Weiss, Ma Localité, Éditions Kimé, 2001



Pourquoi remonter aujourd’hui cette pièce, écrite en 1965 ?


Thierry BEUCHER, dramaturge sur le projet de l'instruction :


"Répondre à cette question, c’est d’abord s’interroger sur la pertinence d’un tel projet, qui est celui d’une compagnie professionnelle souhaitant associer des acteurs amateurs à sa création.


Car si le projet de Peter Weiss était, à l’époque, de faire surgir une vérité dans un contexte économique et politique qui cherchait plutôt à en faire abstraction, la réalité des connaissances sur le sujet aujourd’hui est tout autre, et les informations que nous possédons sont sans communes mesures avec celles qui étaient disponibles à l’époque.


Un ensemble d’initiatives sont là pour nous rappeler les faits, d’une part pour qu’ils ne disparaissent pas des mémoires, mais aussi pour maintenir une vigilance à leur égard quant à notre présent. Ainsi bon nombre de films, livres, témoignages, discours, manifestations, etc., s’inscrivent dans ces initiatives, et l’anniversaire des 70 ans de la libération du camp d’Auschwitz en janvier dernier, associé aux disparitions progressives des derniers témoins, accentue d’autant plus cette actualité éditoriale.


Peter Weiss a écrit sa pièce dans un but précis : d'une part, montrer que c’est le système capitaliste qui a produit Auschwitz, et d’autre part nous faire prendre conscience qu’en dépit des apparences, ce sont bien les nazis qui ont gagné la guerre. Loin d’être une provocation, cette dernière affirmation repose sur des faits, puisque à titre d’exemple : plus de 90% de ceux qui travaillaient dans ce camp n’ont jamais été poursuivis, et bon nombre de firmes industrielles impliquées dans ces crimes, ont continué après la guerre à faire des profits.


On peut dire ainsi que puisque cette histoire n’a été jugée que très partiellement, la société qui l'a produite arrive jusqu’à nous, car tel un monstre qui se transforme, elle a su changer son visage, ses modalités, ses acceptations, et cela en dépit des commémorations et des injonctions du « plus jamais ça », avec lesquelles elle s’accorde très bien.


Si l’Histoire tente de faire surgir, à travers le dévoilement des faits, une compréhension, le théâtre cherche tout autant cette compréhension, mais d’une autre manière.


En faisant en sorte de créer des résonances entre les corps, les voix, les pensées de ceux qui jouent et les corps et les pensées de ceux qui assistent, la compréhension trouve alors un autre chemin que celui de la rationalité pure, et par le biais de l’émotion esthétique, elle vise à ce que nous nous sentions concernés, non pas en tant que victime ou bourreau, mais bien en tant qu’homme ou femme, réalisant ainsi que cette histoire est aussi la nôtre.


Car au-delà de l’histoire ou du récit, le théâtre qui se veut politique tente aussi de mettre en perspective cette organisation dominante du monde qui de son origine à aujourd’hui, assigne les corps et les pensées au dogme qui est le sien, et qui, pour l’immense majorité de l’humanité, est synonyme d’un assujettissement généralisé, quand il ne s’agit pas d’exploitation, ou d’extermination comme c’est le cas ici.


L’initiative du théâtre tente de faire entendre une autre voix. En imposant un autre temps, un autre rythme de narration, elle cherche à nous fait ressentir à la fois que cette histoire est bien la nôtre, celle de chacune et de chacun -juif ou pas-, et aussi de nous rappeler qu’elle n’est pas terminée, car les mêmes logiques qui ont mené à Auschwitz sont à l’œuvre encore aujourd’hui, et ce que disait Peter Weiss il y a 50 ans peut aussi s’entendre comme une réalité de notre monde contemporain."


« Dans les écoles de chefs nous apprenions d’abord

à tout approuver en silence

Si quelqu’un posait une question

On lui répondait

Ce qui est fait se fait selon la loi

Et si les lois ne sont plus les mêmes aujourd’hui

qu’est-ce que ça change

On nous disait

Vous devez apprendre

Vous avez besoin de dressage

plus que de pain

Monsieur le Président

On nous a déshabitués de penser

D’autres le faisaient pour nous »


Ou encore


« Nous connaissons tous la société

d’où est sorti le régime

qui a pu produire les camps

L’ordre qui y régnait

nous était familier dans sa structure et dans sa forme

c’est pourquoi nous avons pu nous y faire

jusque dans ces dernières conséquences

quand l’exploiteur fut enfin libre

d’exercer son pouvoir

à un degré inouï

et que l’exploité

dut fournir même

la cendre de ses os »


Peter Weiss, L’Instruction, Ed. du Seuil, 1966


Un projet qui vient de loin


1983, sous la direction de Robert Angebaud, les élèves du Conservatoire National de Région de Rennes, présentaient la pièce au théâtre du Vieux St Etienne.

Photo_l_ins_83_2-1466352902

Photo : L'Instruction en 1983


1995, la pièce est remontée à Rennes à l'initiative de Brigitte Stanislas, Robert Angebaud en reprend la mise en scène. Des centaines de personnes et de lycéens ont assisté aux représentations de la pièce.


Mise en scène et dramaturgie


Ni comédien, ni amateur : citoyen

Le point de départ ce n'est pas le théâtre, mais la nécessité. On s'engage dans ce projet parce qu'on doit dire ce qui est si difficile à dire, à entendre. Il nous faut faire sauter la chape de plomb qui nous empêche de réfléchir, de comprendre. Pour cela, un long chemin d'apprentissage, de connaissance est nécessaire (visionnage de documentaires, lectures, documentations...). Cette histoire fait partie de notre monde. C'est de nous qu'il s'agit. Sans cette connaissance, nous sommes désarmés pour penser et analyser le présent.

C'est un engagement individuel et humain dans une action collective, à partager.


Forme et jeu

La pièce est composée de 11 chants. Chaque chant comporte 3 parties. Les phrases sont découpées en versets. Il n'y a pas de ponctuation. Il nous faut entrer dans le souffle du verset, respirer là où Weiss l'a décidé. Le sens est dans le souffle. Les comédiens doivent construire dans les contraintes formelles du texte. Il ne s'agit pas de s'identifier aux protagonistes de la pièce, mais de porter ces paroles-là. Ce qui n'empêche pas l'émotion : elle est incontournable, inévitable ; elle n'est pas le but.


13094414_1017757791648608_5483443964213860337_n-1466353608

Photo de répétition, Crédits : Rachel Daucé


Espace mouvant

À chaque chant le jeu est rebattu : ceux et celles qui portaient les témoins peuvent se retrouver dans les rôles des accusés ; ceux et celles qui disaient les juge, défenseur, accusateur, peuvent devenir les témoins.

Certains passages sont oniriques ; alors la structure « judiciaire » explose et nous sommes transportés dans un ailleurs, par le chœur.


Dsc_0085-1466355037

Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier


Texte

Il s'agit d'un montage : Weiss a monté les éléments documentaires pour révéler -au sens photographique du terme- une vérité. Chaque chant est un objet en soi, il dit quelque chose en soi. L'ensemble dessine le chemin de la rampe aux cheminées des crématoires.

Les titres des chants sont annoncés, projetés sur écran, pour garder tous les cadres du montage bien visibles. Pour ne pas chercher à lisser la forme en un long poème, les contrastes sont accentués, reflets de la pensée méthodique de Weiss.


Dsc_0029-1466355120

Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier


Distribution

BEUCHET    Zacharie
BEUSNEL    Christine
BOTHOREL    Hélène
BROUDIC    Gaëtan
DAUCE    Henri
DAUCE    Danièle
DRESLER    Laure
FAURISSON    François
GIORGIS    Diane
KLAPCZYNSKI    Laurence
LE CARPENTIER    Sylvie
LENEVETTE     Carole
NOUHAUD-HEIM    Rosmarie
PETITGAS    Chrystel



Pourquoi une collecte participative ?


De la même manière que les comédiens de la pièce sont aussi bien des professionnels que des amateurs, parlant français et parlant d'autres langues, nous souhaitons impliquer les citoyens dans la production de ce spectacle.


Nous travaillons depuis bientôt deux ans à défricher, comprendre, lire le texte et à tester des dispositifs scéniques. En 2015 -2016, nous avons donné 4 lectures publiques à Rennes et ses alentours. Ces lectures ont renforcé notre travail et nous ont permis d'échanger avec un premier public sur le projet. Les retours sont très positifs et encourageants.


Il nous faut maintenant songer à la production définitive du spectacle. Les financements publics se font encore attendre, nous comptons donc sur un soutien citoyen afin de démarrer le travail de répétition final, et de mettre en place nos décors (gradins, écran, manteaux).


Cette collecte participative est également un message fort que nous souhaitons envoyer aux décideurs et à la production culturelle : les citoyens sont encore acteurs du théâtre et peuvent choisir des pièces politiques.


Ce projet théâtral est ambitieux puisqu'il fait intervenir une quinzaine d'acteurs professionnels et amateurs.


Le budget total du projet est de 80 000 euros, dont une grande partie est constituée de la rémunération des comédiens professionnels et de l'équipe technique (metteuse en scène, dramaturge, scénographe, technicien) (62 000 euros) . Le théâtre est un art vivant et les humains en sont donc le point central !


Nous souhaitons, grâce à vous, réunir 10 000 euros.


A quoi serviront-ils ?


Les 10 000 euros de production citoyenne serviront  principalement à financer notre matériel et notre communication. Le diagramme ci-dessous présente une répartition de ces dépenses.

Diagramme-1466357277



Donner 20 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle et Une place pour la représentation de votre choix

Donner 50 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, deux places pour la ou les représentations de votre choix et un tirage photo

Donner 100 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, trois places pour la ou les représentations de votre choix et un tirage photo

Donner 200 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, trois places pour la ou les représentations de votre choix, un tirage photo et un album du projet dédicacé par l'équipe

Association Théâtre Berloul

Théâtre Berloul

Dominique Dahéron
03/12/2016
Caroline GERARD
28/11/2016
Merci à vous tous !
Sylvain Brossard
14/11/2016
Les petits dons font de grands projets !