L'Instruction, un projet de théâtre documentaire et citoyen

par Théâtre Berloul

L'Instruction, un projet de théâtre documentaire et citoyen

par Théâtre Berloul

Une pièce écrite par Peter Weiss suite au procès de Francfort, qui jugea les responsables subalternes du camps d'extermination d’Auschwitz.

La pièce sera présentée les :

Samedi 8 avril à 20 h 30 et Dimanche 9 Avril à 15 h à Romillé

Jeudi 13 avril à 20 h 30  à St Gilles



Le projet en bref

L'Instruction est un projet théâtral porté par le Théâtre Berloul, à Romillé, près de Rennes. Un collectif de comédiens professionnels et amateurs a été réuni par Brigitte Stanislas, metteuse en scène et comédienne , pour porter à nouveau cette pièce de Peter Weiss à la scène. Depuis deux ans, ce groupe travaille au montage du spectacle.

Il s'agit donc d'un projet ambitieux et engagé. La pièce de Weiss questionne en effet la machine industrielle et capitaliste, destinée à exterminer et les rouages du système qui a mené à Auschwitz et à l'anéantissement de millions de personnes pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier



La Pièce

De 1963 à 1965 a lieu, à Francfort-sur-le-Main, l'un des procès du camp d'extermination d'Auschwitz. L'instruction concernait le rôle de 22 prévenus, particulièrement de leur implication dans le fonctionnement du camp. Dans le cadre du procès, environ 360 témoins dont 210 rescapés furent entendus.

Peter Weiss assiste aux débats et se fonde sur les minutes du procès pour écrire L'Instruction, Oratorio en onze chants. Se limitant aux citations, il organise les témoignages et donne ainsi une intelligibilité et une forme permettant de comprendre l'histoire et d'en tirer des leçons, pour nous, contemporains.


TÉMOIN N° 3

Nous

qui vivons encore avec ces images

savons

qu’il est possible que des millions de gens

subissent encore une fois sans réagir

leur anéantissement

et que cet anéantissement dépassera

de loin en efficacité

les vieilles méthodes

                           Peter Weiss : L'instruction

                          Chant IV Le chant de la possibilité de survivre p146



 L'Instruction de Peter Weiss aujourd'hui ?


« Un vivant est venu et devant cet homme vivant ce qui s’est passé ici se referme.

Le vivant qui vient ici, d’un autre monde, ne possède que sa connaissance de chiffres,

de rapports rédigés, de déclarations de témoins, ils sont une partie de sa vie,

il les porte en lui, mais il ne peut comprendre que ce qui lui arrive à lui-même.

C’est seulement lorsqu’on le chasse de sa table et qu’on l’enchaîne,

lorsqu’on le piétine et le fouette qu’il comprend.

C’est seulement lorsque tout près de lui on les rassemble brutalement,

on les assomme, on les charge dans des charrettes qu’il comprend. »

                                        Peter Weiss, Ma Localité, Éditions Kimé, 2001


Pourquoi remonter aujourd’hui cette pièce, écrite en 1965 ?

Thierry BEUCHER, dramaturge sur le projet de l'instruction : "Peter Weiss a écrit sa pièce dans un but précis : d'une part, montrer que c’est le système capitaliste qui a produit Auschwitz, et d’autre part nous faire prendre conscience qu’en dépit des apparences, ce sont bien les nazis qui ont gagné la guerre. Loin d’être une provocation, cette dernière affirmation repose sur des faits, puisque à titre d’exemple : plus de 90% de ceux qui travaillaient dans ce camp n’ont jamais été poursuivis, et bon nombre de firmes industrielles impliquées dans ces crimes, ont continué après la guerre à faire des profits.

On peut dire ainsi que puisque cette histoire n’a été jugée que très partiellement, la société qui l'a produite arrive jusqu’à nous, car tel un monstre qui se transforme, elle a su changer son visage, ses modalités, ses acceptations, et cela en dépit des commémorations et des injonctions du « plus jamais ça », avec lesquelles elle s’accorde très bien.

Si l’Histoire tente de faire surgir, à travers le dévoilement des faits, une compréhension, le théâtre cherche tout autant cette compréhension, mais d’une autre manière.

 En faisant en sorte de créer des résonances entre les corps, les voix, les pensées de ceux qui jouent et les corps et les pensées de ceux qui assistent, la compréhension trouve alors un autre chemin que celui de la rationalité pure, et par le biais de l’émotion esthétique, elle vise à ce que nous nous sentions concernés, non pas en tant que victime ou bourreau, mais bien en tant qu’homme ou femme, réalisant ainsi que cette histoire est aussi la nôtre.

Car au-delà de l’histoire ou du récit, le théâtre qui se veut politique tente aussi de mettre en perspective cette organisation dominante du monde qui de son origine à aujourd’hui, assigne les corps et les pensées au dogme qui est le sien, et qui, pour l’immense majorité de l’humanité, est synonyme d’un assujettissement généralisé, quand il ne s’agit pas d’exploitation, ou d’extermination comme c’est le cas ici.

L’initiative du théâtre tente de faire entendre une autre voix. En imposant un autre temps, un autre rythme de narration, elle cherche à nous fait ressentir à la fois que cette histoire est bien la nôtre, celle de chacune et de chacun -juif ou pas-, et aussi de nous rappeler qu’elle n’est pas terminée, car les mêmes logiques qui ont mené à Auschwitz sont à l’œuvre encore aujourd’hui, et ce que disait Peter Weiss il y a 50 ans peut aussi s’entendre comme une réalité de notre monde contemporain."


« Dans les écoles de chefs nous apprenions d’abord

 à tout approuver en silence

 Si quelqu’un posait une question

 On lui répondait

 Ce qui est fait se fait selon la loi

 Et si les lois ne sont plus les mêmes aujourd’hui

 qu’est-ce que ça change

 On nous disait

 Vous devez apprendre

 Vous avez besoin de dressage

 plus que de pain

 Monsieur le Président

 On nous a déshabitués de penser

 D’autres le faisaient pour nous »

           Ou encore

« Nous connaissons tous la société

 d’où est sorti le régime

 qui a pu produire les camps

 L’ordre qui y régnait

 nous était familier dans sa structure et dans sa forme

 c’est pourquoi nous avons pu nous y faire

 jusque dans ces dernières conséquences

 quand l’exploiteur fut enfin libre

 d’exercer son pouvoir

 à un degré inouï

 et que l’exploité

 dut fournir même

 la cendre de ses os »

                                        Peter Weiss, L’Instruction, Ed. du Seuil, 1966

 

Un projet qui vient de loin

1983, sous la direction de Robert Angebaud, les élèves du Conservatoire National de Région de Rennes, présentaient la pièce au théâtre du Vieux St Etienne.

Photo_l_ins_83_2-1466352902                                                                                                 Photo : L'Instruction en 1983

1995, la pièce est remontée à Rennes à l'initiative de Brigitte Stanislas, Robert Angebaud en reprend la mise en scène. Des centaines de personnes et de lycéens ont assisté aux représentations de la pièce.


Mise en scène et dramaturgie

Ni comédien, ni amateur : citoyen

Le point de départ ce n'est pas le théâtre, mais la nécessité. On s'engage dans ce projet parce qu'on doit dire ce qui est si difficile à dire, à comprendre. Pour cela, un long chemin d'apprentissage, de connaissance est nécessaire (visionnage de documentaires, lectures, documentations...). Cette histoire fait partie de notre monde. C'est de nous qu'il s'agit. Sans cette connaissance, nous sommes désarmés pour penser et analyser le présent. C'est un engagement individuel et humain dans une action collective, à partager.

Forme et jeu

La pièce est composée de 11 chants. Chaque chant comporte 3 parties. Les phrases sont découpées en versets. Il n'y a pas de ponctuation. Il nous faut entrer dans le souffle du verset, respirer là où Weiss l'a décidé. Le sens est dans le souffle. Les comédiens doivent construire dans les contraintes formelles du texte. Il ne s'agit pas de s'identifier aux protagonistes de la pièce, mais de porter ces paroles-là. Ce qui n'empêche pas l'émotion : elle est incontournable, inévitable ; elle n'est pas le but.


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                                                                                                Photo de répétition, Crédits : Rachel Daucé


Espace mouvant

À chaque chant le jeu est rebattu : ceux et celles qui portaient les témoins peuvent se retrouver dans les rôles des accusés ; ceux et celles qui disaient les juge, défenseur, accusateur, peuvent devenir les témoins. Certains passages sont oniriques ; alors la structure « judiciaire » explose et nous sommes transportés dans un ailleurs, par le chœur.


Dsc_0085-1466355037                                                                                             Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier


Texte

Il s'agit d'un montage : Weiss a monté les éléments documentaires pour révéler -au sens photographique du terme- une vérité. Chaque chant est un objet en soi, il dit quelque chose en soi. L'ensemble dessine le chemin de la rampe aux cheminées des crématoires.

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                                                                                                  Photo : Lecture à l'Adec à Rennes, Avril 2016. Crédits : François Guerrier


Distribution

Mise en Scène : Brigitte Stanislas

Dramaturgie : Thierry Beucher

Scénographie : Béatrice Laisné


Avec :

Robin Babey

Christine Beusnel

Hélène Bothorel

Gaëtan Broudic

Henri Daucé

Danielle Daucé

François Faurisson

Diane Giorgis

Catherine Guillemot

Laurence Klapcynski

Jean-Gabriel Le Cam

Sylvie Le Carpentier

Carole Lenevette

Geneviève Penfornis

Chrystel Petitgas




Pourquoi une collecte participative ?

Il nous faut maintenant songer à la production définitive du spectacle. Les financements publics se font attendre, nous comptons donc sur un soutien citoyen.

Cette collecte participative est également un message fort que nous souhaitons envoyer aux décideurs et à la production culturelle : les citoyens sont encore acteurs du théâtre et peuvent choisir des pièces politiques.

Ce projet théâtral est ambitieux puisqu'il fait intervenir une quinzaine d'acteurs professionnels et amateurs.

Le budget total du projet est de 80 000 euros, dont une grande partie est constituée de la rémunération des comédiens professionnels et de l'équipe technique (metteuse en scène, dramaturge, scénographe, technicien) (62 000 euros) . Le théâtre est un art vivant et les humains en sont donc le point central !

Nous souhaitons, grâce à vous, réunir 10 000 euros.


A quoi serviront-ils ?

Les 10 000 euros de production citoyenne serviront  à financer notre matériel, notre communication et une partie des salaires. Le diagramme ci-dessous présente une répartition de ces dépenses.

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Donner 20 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle et Une place pour la représentation de votre choix

Donner 50 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, deux places pour la ou les représentations de votre choix et un tirage photo

Donner 100 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, trois places pour la ou les représentations de votre choix et un tirage photo

Donner 200 euros

Nos remerciements et votre nom dans la production du spectacle, trois places pour la ou les représentations de votre choix, un tirage photo et un album du projet dédicacé par l'équipe

Association Théâtre Berloul

Théâtre Berloul

Anonyme
10/03/2017
Françoise Beusnel
27/02/2017
Cécile Sollier
21/02/2017