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L'ESPECE HUMAINE

par Théâtre vivant

L'ESPECE HUMAINE - Théâtre vivant

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Présentation du projet

Adaptation théâtrale de L'Espèce humaine, de Robert Antelme

« L’Espèce humaineest un monument.
Un de ces livres dont la lecture peut changer une vie. Il a changé la mienne. Miracle de la littérature. Miracle de la conscience dans le temps.
Aujourd’hui, j’aimerais faire entendre cette parole vivante, en lui donnant corps, le plus simplement du monde. »
Anne Coutureau


Robert Antelme entre dans la Résistance en 1943, à l’âge de 23 ans. Arrêté par la Gestapo et déporté en 1944, il est libéré le 29 avril 1945, à la limite de l’épuisement. De retour en France, il cherche aussitôt à tirer de sa détention dans les camps de concentration un récit qui, au-delà d’un témoignage, constituera une réflexion sur la nature profonde de l’humanité ; tel est le propos de l’Espèce humaine, publié en 1947.
Robert Antelme n’écrira jamais d’autre livre. Malgré les éloges et les honneurs, L’Espèce humaine restera l’œuvre unique d’une vie.

« C’est l’homme que j’ai connu qui a le plus agi sur les gens qu’il a vus, qu’il a connus.
De toute ma vie, c’est celui-là qui a été le plus important.
Et quant à moi, et quant à tous les autres aussi. Je ne sais pas comment nommer ça : une grâce, peut-être.
ll ne parlait pas et il parlait. Il ne conseillait pas et rien ne pouvait se faire sans son avis.
l était l’intelligence même, et il avait horreur du parler intelligent. (…)

C’est dommage que vous ne l’ayez pas connu. Même une fois. Même une heure.
Dans un bistrot. Il était complètement dans la vie. Il était très joyeux. Et ce qu’il y avait de miraculeux en lui, c’est que, je crois, il ne se rendait pas du tout compte de cette espèce de pouvoir qu’il avait sur l’autre. Il ne savait pas.
C’est ça, il ne savait pas. » Marguerite Duras

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L’Espèce humaine / l'oeuvre

« C’est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. C’est parce qu’ils auront tenté de mettre en cause l’unité de cette espèce qu’ils seront finalement écrasés. » extrait de l’Espèce humaine.

Par ce récit, Robert Antelme pousse, sans doute jusqu’à ses dernières limites, la réflexion sur le sens de la volonté exterminatrice des SS. Son livre met en lumière ce paradoxe qui finit par avoir raison de l’entreprise de destruction des nazis : en cherchant à nier l’humanité des déportés et à prouver leur supériorité sur les autres hommes, les SS aboutirent à l’inverse à montrer la commune appartenance des bourreaux et des victimes à une seule espèce.

Les SS réduisirent les déportés à n’être plus que des êtres préoccupés par la seule tentative de ne pas mourir, tentative dérisoire au regard de l’idée que l’on peut se faire de l’humanité : « Militer, ici, c’est lutter raisonnablement contre la mort. » Pour expliquer cette volonté de ne pas mourir, Antelme n’invoque pas la nécessité de survivre afin de pouvoir, une fois libéré, apporter un témoignage ; selon lui, les déportés n’avaient rien d’autre à vivre que leur vie de déporté : « Mais c’est une vie, notre vraie vie, nous n’en avons aucune autre à vivre. Car c’est bien ainsi que des millions d’hommes et leur système veulent que nous vivions et que d’autres l’acceptent. »

Cette intolérable vérité n’est pas sans conséquences. Elle jette une lumière horrible sur la vie de chaque déporté, cette vie qui n’est réduite qu’à sa non-mort en tant que membre de l’espèce humaine. Ensuite, et bien au-delà des seuls déportés, cette vérité bouleverse le sens de la vie de tous ceux qui la connaissent. Face à la haine et à l’insupportable volonté de destruction de certains hommes, d’autres hommes n’ont donc survécu que parce qu’ils n’avaient pas d’autre vie à vivre.

Cependant, l’espoir n’est pas absent de cette réflexion sans concession : en luttant pour vivre, le déporté lutte « pour justifier toutes les valeurs, y compris celles dont son oppresseur, en les falsifiant d’ailleurs, tente de se réserver la jouissance exclusive ». Ainsi, plus le SS nie l’humanité du déporté en le forçant à la déchéance, plus il confirme l’humanité profonde de ce déporté qui n’accepte sa propre déchéance que pour faire triompher les perspectives de libération de l’humanité.

Le message d’Antelme est à la fois intérieur et politique ; il s’adresse à chacun de ses lecteurs en particulier, et à l’espèce humaine dans son ensemble. Si Antelme témoigne, ce n’est pas d’abord d’une souffrance, mais de ce fait fondamental que plus une dictature ou un ordre quel qu’il soit s’acharne à nier l’humanité de l’homme, plus il la met en évidence. Un SS, un bourreau « peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose ». Contraindre un homme à la déchéance n’abolit pas l’appartenance de chacun, bourreau et victime, à la même espèce.

En ce sens, l’Espèce humaine est un livre unique, bouleversant, d’une élévation de pensée absolue et d’une actualité terrifiante.


« L’Espèce humaine était le premier, je dirai même le seul, livre qui fût au niveau de l’humanité, au niveau de l’expérience nue, vécue et exprimée avec les mots les plus simples et les plus adéquats qui soient.
De ce fait-là, ce livre qui dans un sens était de l’anti-littérature, à juste titre parce qu’il ne voulait pas faire de la littérature sur la concentration, était un livre de pure littérature, c’est-à-dire qu’on ne pouvait plus rien écrire d’autre. »
Edgar Morin

« Cette transformation d’une expérience en langage, cette relation possible entre notre sensibilité et un univers qui l’annihile, apparaissent aujourd’hui comme l’exemple le plus parfait, dans la production française contemporaine, de ce que peut la littérature. » Georges Perec

« C’est un des livres les plus élémentaires au sens radical, au sens des éléments de la vie. C’est un des livres où, avec cette vie, à partir de cette vie dépouillée de tout ce qui en fait en apparence le prix, le charme, le bonheur ou la possibilité de vivre, tout simplement, il déduit tout, il déduit l’essentiel. » Claude Roy


Extrait

« Tout se passe dans le monde comme s’il y avait des espèces – ou plus exactement comme si l’appartenance à l’espèce n’était pas sûre, comme si l’on pouvait y entrer et en sortir, ni être qu’à demi ou y parvenir pleinement, ou n’y jamais parvenir même au prix de générations –, la division en races ou en classes étant le canon de l’espèce et entretenant l’axiome toujours prêt, la ligne ultime de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. » (…)
Et si nous pensons alors cette chose qui, d’ici, est certainement la chose la plus considérable que l’on puisse penser : «les SS ne sont que des hommes comme nous» ; si, entre les SS et nous – c’est à dire dans le moment le plus fort de distance entre les êtres, dans le moment où la limite de l’asservissement des uns et la limite de la puissance des autres semblent devoir se figer dans un rapport surnaturel – nous ne pouvons apercevoir aucune différence substantielle en face de la nature, et en face de la mort, nous sommes obligés de dire qu’il n’y a qu’une espèce humaine. »


Extrait

« Quand Gaston rentrait au block, souvent il avait à peine la force de boire sa soupe et aussitôt il allait s’étendre sur la paillasse et ses yeux se fermaient. Pourtant, la bête de somme qu’ils en avaient fait, ils n’avaient pas pu l’empêcher de penser en piochant dans la colline, ni de parler lourdement avec des mots qui restaient longtemps dans les oreilles.

Il n’était pas seul dans le tunnel; il y en avait d’autres qui piochaient à côté de lui et qui charriaient la terre et qui, comme lui, le matin, avaient quand même un peu plus de force que le soir. Le contremaître civil pouvait promener dans le tunnel sa capote de futur Volksturm et sa petite moustache noire et gueuler et pousser le travail, il ne pouvait pas empêcher les mots de passer d’un homme à l’autre.

Peu de mots, d’ailleurs; ce n’était pas une conversation que ces hommes tenaient, parce que c’était trop fatiguant de tenir une véritable conversation. Il fallait faire tenir ce qu’on avait à dire en peu de mots.

Gaston devait dire ceci : – Dimanche, il faudra faire quelque chose, on ne peut pas rester comme ça. Il faut sortir de la faim. Il faut parler aux types. Il y en a qui dégringolent, qui s’abandonnent, ils se laissent crever. Il y en a même qui ont oublié pour quoi ils sont là. Il faut parler.

Ça se passait dans le tunnel, et ça se disait de bête de somme à bête de somme. Ainsi, un langage se tramait, qui n’était plus celui de l’injure ou de l’éructation du ventre, qui n’était pas non plus les aboiements des chiens autour du baquet de rab. Celui-là creusait une distance entre l’homme et la terre boueuse et jaune, le faisait distinct, non plus enfoui en elle mais maître d’elle, maître aussi de s’arracher à la poche vide du ventre. Au cœur de la mine, dans le corps courbé, dans la tête défigurée, le monde s’ouvrait. »


A quoi servira l'argent collecté ?

L'argent collecté servira à financer le montage, les répétitions, la communication et la promotion du spectacle.

Notre équipe

ANNE COUTUREAU Adaptation, mise en scène et interprétation

PATRICE LECADRE Scénographie, mise en scène, régie générale

LA COMPAGNIE THEATRE VIVANT


LE PROJET SUR LE SITE DE LA COMPAGNIE
http://theatrevivant.fr/lespece-humaine/#onglet1

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